Les jeunes du Burundi réclament avant tout de « vivre et grandir en paix » - IRIS NEWS

La Rédactionjanvier 31, 20268min570
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Ce qu’il faut retenir :

  • La consolidation de la paix durable au Burundi passe d’abord par l’écoute de sa jeunesse, comme l’a montré l’atelier stratégique organisé ce mercredi dans le cadre du « Peace Project » au King’s Conference Center.
  • L’atelier a réuni experts, acteurs de la société civile et représentants communautaires.
  • Le Peace Project est mis en œuvre par un consortium de partenaires comprenant Mensen met een Missie, Cord Global, Yaga, la Commission épiscopale Justice et Paix (CEJP), le Trauma Healing and Reconciliation Services (THARS) et l’Association des femmes rapatriées du Burundi (AFRABU)

Déjà en 2017, selon une étude citée par Dr Elias Sentamba, leur priorité était simple : « vivre et grandir en paix ». Le politologue a insisté sur l’importance de cette aspiration : « La paix n’est pas un luxe ; sans elle, aucun investissement, agricole ou économique, n’est possible. »

Il a illustré ce désir par des anecdotes poignantes, notamment celle d’un officier néerlandais des Nations unies en Angola interrogeant un paysan, pourquoi elle ne travaillait pas sa parcelle : « Pourquoi voulez-vous que je travaille la culture d’eau, puisque demain, c’est la guerre ? Je ne suis même pas sûr de pouvoir raconter ce que j’ai fait. »

L’ombre longue d’un passé qui ne passe pas

Dr Sentamba a insisté : sans paix, aucun investissement – agricole, économique ou personnel – n’est possible. Il a relié cette aspiration à un passé traumatique persistant, transmis de génération en génération : « Nous avons grandi en entendant nos parents parler de ce qu’ils ont vécu. Ce passé malheureux continue aujourd’hui et demain. C’est une interpellation des jeunes : pouvons-nous marquer la fin de ce cycle et vivre une ère de paix ? »

Les participants ont identifié trois leviers essentiels : guérir les blessures psychologiques intergénérationnelles, promouvoir une réconciliation inclusive et locale, et intégrer les dynamiques régionales dans la stratégie de paix.

Dr Sentamba a fustugé le fait que seulement 1 % du budget du ministère de la Santé est alloué à ce secteur, les participants ont déploré un sous-investissement chronique, malgré les séquelles durables des crises passées. La santé mentale est un préalable à toute résilience économique et sociale.

Le rôle complémentaire des confessions religieuses

« L’accompagnement spirituel d’une personne est un moyen sûr de parvenir à une guérison totale et à un pardon authentique », souligne l’abbé Père Dieudonné Niyibizi, PhD en sciences de la communication.

Il a plaidé pour l’intégration des soins de santé mentale dans les soins primaires, tout en valorisant l’accompagnement spirituel pour une réconciliation profonde.

Sur la question de savoir si la paix au Burundi est déjà « capitalisable » — c’est-à-dire si elle peut être considérée comme un acquis sur lequel bâtir de nouveaux progrès sociaux — les avis ont divergé. Si certains ont relevé l’absence d’armes et d’affrontements ouverts, plusieurs intervenants ont nuancé cette lecture : à défaut d’une violence visible, le pays reste confronté à une absence de paix intérieure et durable, minée par des traumatismes non résolus et des défis socio-économiques persistants.

L’atelier s’est néanmoins conclu sur une note d’espoir néanmoins prudent

Lancé en janvier 2024 par l’organisation néerlandaise Mensen met een Missie (Hommes avec une Mission), le Peace Project est un programme régional de consolidation de la paix déployé sur huit ans (2024–2031). Il ambitionne de transformer les convictions néfastes, de renforcer les liens sociaux et de créer les conditions d’une paix durable dans plusieurs pays de la région des Grands Lacs : le Burundi, la République démocratique du Congo (RDC), le Soudan du Sud et l’Ouganda. Ses objectifs sont jugés réalistes, à condition de s’ancrer dans les besoins réellement exprimés à la base, de privilégier la co-construction avec l’ensemble des parties prenantes, d’ajuster les actions en cours de mise en œuvre et de mobiliser en priorité les acteurs locaux avant de dépendre des bailleurs.

Comme l’a résumé l’intervenant Ndayishimiye Martin, la paix durable ne relève pas d’un « bouton magique », mais d’un processus patient : celui de l’éradication des causes profondes des conflits, du dialogue intergénérationnel et d’un engagement collectif en faveur d’un « vouloir-vivre ensemble » authentique.

Dr Elias Sentamba
Abbé Dieudonné Nibizi
Martin Ndayishimiye

 

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