Pénurie d’eau à Bujumbura : la vie semble invivable pour les citadins

Juste Nobel Nkunzimanaseptembre 28, 20269min580
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 À Bujumbura, la pénurie d’eau potable devient de plus en plus préoccupante. Dans plusieurs quartiers de la capitale, l’eau de la Régideso se fait rare, voire totalement absente. Certains habitants disent ne plus en recevoir, tandis que d’autres doivent attendre plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, avant de voir l’eau couler à nouveau de leurs robinets.

Cette situation bouleverse profondément le quotidien des ménages. Pour boire, cuisiner, se laver ou encore nettoyer, il faut parfois parcourir de longues distances ou acheter de l’eau auprès de vendeurs. Une dépense supplémentaire qui pèse particulièrement lourd sur les familles aux revenus modestes.

 L’eau potable, une ressource essentielle devenue un objet de quête

Dans plusieurs quartiers de Bujumbura, accéder à l’eau potable relève désormais du parcours du combattant. À Gihosha, A.M., un habitant du quartier, affirme que les pénuries d’eau potable se sont aggravées ces derniers temps.

« Depuis le début des travaux de pavage, l’eau a commencé à manquer davantage », témoigne-t-il.

Lorsque l’eau est disponible au robinet public, un bidon de 20 litres peut coûter environ 1 000 francs burundais. Il ajoute que le prix peut atteindre 2 000 francs quand l’eau vient à manquer sur le robinet public en raison des frais de transport qui s’y ajoute

À Carama, N.J. décrit une situation similaire. Il y a encore quelque temps, l’eau pouvait couler pendant la nuit. Les habitants devaient alors se réveiller pour remplir leurs bidons et constituer quelques réserves. Aujourd’hui, même cette possibilité se fait de plus en plus rare.

Pour faire face aux coupures, de nombreuses familles se tournent vers les vendeurs d’eau. Un bidon peut leur coûter autour de 1 000 francs. Une somme qui peut paraître modeste, mais qui finit par peser lourd lorsqu’elle doit être déboursée plusieurs fois par semaine.

La pénurie a également fait émerger une activité autour du transport de l’eau. Certains conducteurs de taxi-vélo consacrent désormais une partie de leur journée à aller chercher de l’eau pour les ménages.

C’est le cas d’Isaac Ndikumwami. Il affirme pouvoir transporter jusqu’à 30 bidons par jour et gagner jusqu’à 30 000 francs burundais quotidiennement.

Dans une ville où l’accès à l’eau potable devrait relever d’un service essentiel, sa rareté crée ainsi de nouvelles dépenses pour les ménages, tout en faisant naître de nouvelles activités pour ceux qui la transportent.

Quand les coupures bouleversent le quotidien

Du nord au sud de la capitale, les habitants rencontrés décrivent des difficultés similaires. Les coupures fréquentes compliquent l’accès à cette ressource indispensable aux gestes les plus élémentaires de la vie quotidienne.

L’impact se fait particulièrement sentir sur l’hygiène. Lorsqu’il faut économiser chaque litre ou acheter l’eau à un prix élevé, certaines familles réduisent leur consommation. Se laver, faire la propreté de la maison, laver les vêtements ou préparer les repas deviennent alors plus difficile.

La situation soulève également des préoccupations sanitaires. Un accès insuffisant à l’eau potable peut compliquer le respect des règles d’hygiène et favoriser l’exposition à certaines maladies liées à l’eau contaminée et au manque d’assainissement.

Pour les ménages aux revenus modestes, la difficulté est encore plus grande. L’achat régulier de l’eau vient s’ajouter aux autres dépenses quotidiennes, dans un contexte où les ressources familiales sont déjà limitées.

Les habitants sont donc contraints de multiplier les stratégies pour s’adapter : stocker l’eau lorsqu’elle est disponible, se lever pendant la nuit pour remplir les bidons ou encore acheter régulièrement quelques litres auprès des vendeurs.

Entre changement climatique et réponses de la Régideso

Pour Albert Mbonerane, amoureux de la nature, cette situation est aussi liée à la dégradation de l’environnement. Selon lui, les dérèglements climatiques observés aujourd’hui au Burundi et dans d’autres pays sont notamment favorisés par le manque de protection des écosystèmes.

Il estime que les conséquences de cette dégradation sont désormais visibles : lorsque les pluies se raréfient, les sources d’eau s’assèchent à leur tour, contraignant les populations à manquer d’eau ou à recourir à des eaux de qualité douteuse.

« On peut choisir de passer une journée sans manger, mais on ne peut pas passer une journée sans boire de l’eau », souligne-t-il.

Albert Mbonerane appelle ainsi l’État à intensifier les campagnes de reboisement et à mieux protéger les forêts existantes. Selon lui, le Burundi, pourtant doté de nombreuses ressources hydriques, notamment le lac Tanganyika et plusieurs cours d’eau, ne devrait pas être confronté à une pénurie aussi importante.

Du côté de la Régideso, le directeur général Jean Albert Manigomba reconnaît les difficultés d’approvisionnement en eau dans la capitale. S’exprimant le 7 septembre 2026, il a évoqué notamment les effets du changement climatique ainsi que les fortes chaleurs enregistrées durant cet été, “du jamais vu”, dit-il

“Pour améliorer la situation, la Régideso mise notamment sur le Projet d’accès à l’eau potable et à l’assainissement (PAEPA).”

Selon Jean Albert Manigomba, ce projet prévoit le remplacement de certains équipements usés utilisés dans la production et dans la distribution de l’eau, notamment des pompes et des transformateurs. Le système de traitement et de purification de l’eau provenant du lac Tanganyika doit également être amélioré.

« Ce projet va durer deux ans et coûtera 90 millions de dollars américains et devra permettre d’augmenter de 30 % la production d’eau provenant du lac Tanganyika », précise-t-il.

En attendant ces améliorations annoncées, les habitants de Bujumbura continuent de vivre au rythme des coupures, des longues attentes et des bidons à remplir dès que l’eau réapparaît. Pour beaucoup, chaque bidon acheté représente une dépense supplémentaire et chaque interruption de l’approvisionnement bouleverse un peu plus les habitudes quotidiennes.

La pénurie d’eau ne se résume donc pas à un simple problème technique. Elle touche directement la dignité des ménages, leur hygiène, leur santé et leur pouvoir d’achat. Elle rappelle surtout qu’en matière d’eau potable, l’irrégularité de l’approvisionnement n’est pas une gêne ordinaire : elle affecte les conditions mêmes de la vie.

Le Burundi dispose de ressources hydriques importantes. Mais encore faut-il pouvoir les capter, les traiter et les distribuer de manière régulière et équitable. À Bujumbura, l’enjeu est désormais de transformer les annonces et les projets en résultats concrets. Car pour les habitants, l’eau ne peut plus être une attente : elle doit redevenir un service accessible, continu et fiable.

 

 

 

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