De Gatumba à Gateri : que devient la vie après la catastrophe ?

Lievin Niyogusengajuin 5, 202610min160
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En cette Journée mondiale de l’environnement, le site de Gateri, perché sur les hauteurs de la Rusizi à Bukinanyana, raconte une histoire que les chiffres peinent à résumer. Celle de plus de 7.000 personnes qui ont dû abandonner leur vie à Gatumba après des années d’inondations.

 

A l’entrée, un podium en bois a été érigé sur une colline. Des lances voix à côté. Depuis quelques jours, des fidèles d’une Église chrétienne s’y rassemblent pour une croisade. Plus bas, au fond du site, des enfants jouent au ballon sur un terrain improvisé. Quelques hommes lancent les dés devant une petite boutique. Des femmes discutent devant leurs abris pendant que de petits commerces accueillent leurs premiers clients de la journée ? … Il y a du mouvement. Du sourire aussi.

Avant d’arriver à Gateri, les déplacés ont connu un passage difficile sur le site de transit de Matyazo. Puis, à partir de la fin de l’année 2024, ils ont été progressivement relocalisés à Gateri. Dix-huit mois plus tard, la vie reprend progressivement. Selon Nijimbere Raphaël, le responsable du site, ce sont plus de 7.000 personnes répartis en 1.015 ménages tentent de construire une vie presque normale dans un lieu qui n’était censé être que temporaire. Oui, la vie tourne, moyennant des contraintes, bien sûr !

Dormir sous la tente

Les habitations des déplacés sont faites de tentes recouvertes de tôles. Certaines sont regroupées en blocs où quatre familles partagent le même bâtiment, séparées par de simples bâches. « Avec des tentes qui ne sont pas assez solides, même quelqu’un de l’extérieur peut te voir à l’intérieur », confie Joseph Nzeyimana, 56 ans, père de neuf enfants. Il évoque aussi la présence régulière de serpents qui s’introduisent parfois dans les habitations.

Selon le responsable du site, certains ménages devraient bénéficier de parcelles afin de construire des logements individuels. Le partenaire chargé de sa mise en œuvre du projet a dû revoir ses priorités faute de moyens suffisants. « Il a d’abord opté pour la construction de toilettes et l’installation de lampadaires », explique Nijimbere.

Manger, travailler, se soigner

À Gatumba, beaucoup vivaient de l’agriculture. À Gateri, la terre manque. Et la situation s’aggrave davantage avec le retrait de certaines aides humanitaires. Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui accordait une assistance mensuelle de 212.000 FBu aux ménages du site, a suspendu son appui en janvier 2026. Le programme Merankabandi est lui aussi à l’arrêt depuis plusieurs mois selon les responsables.

Les habitants tentent de survivre grâce à la couture, au petit commerce, à la vente de charbon ou à des travaux journaliers en dehors du site. D’autres essaient de s’organiser en coopérative agricole mais tout cela reste insuffisant.

Le site possède également une structure sanitaire où un médecin intervient régulièrement. Les habitants dénoncent cependant le manque de médicaments. « Même le paracétamol manque parfois », affirment plusieurs d’entre eux.

Les rêves continuent

L’école n’a pas disparu des priorités. Le site dispose d’un espace réservé à la construction d’une école, mais il n’a pas encore trouvé de bailleur. En attendant, les élèves sont accueillis dans des établissements voisins, notamment à l’Ecofo Gateri, située à environ quatre kilomètres.

Ezéchiel Bukuru, Niyonzima Fanny et Sibomana Kenny font partie de ces élèves rencontrés sur le site. Quand ils ne sont pas à l’école, c’est du foot ou des jeux de toutes sortes. Tous souriants, les petits gosses ont des rêves de devenir médecin, directeur ou militaire.

Les écoles d’accueil sont toutefois saturées. Les élèves doivent souvent suivre les cours par rotation et les parents peinent à assumer certaines contributions demandées par les établissements.

Quatre besoins prioritaires à Gateri

À la question de savoir ce dont ils ont le plus besoin, les habitants du site ont tous une certaine maitrise de répondre à cette question : un logement décent, de la terre, du capital et de la nourriture. Dans le même ordre. Et ils expliquent.

« Il est plus facile pour un voleur ou un malfaiteur de s’introduire dans une tente que dans une maison en briques », estime Nijimbere Raphaël. Pour Emeline, une mère vivant sur le site, l’accès à la terre reste essentiel. « C’est ce qui nous faisait vivre à Gatumba », explique-t-elle. « Si ce n’était pas l’agriculture c’était du commerce et tout a été tombé dans l’eau. » complète son amie Verra Mbika

La nourriture n’arrive qu’en quatrième position. Pour beaucoup, disposer d’un toit, de terres cultivables et de moyens de produire permettrait déjà de retrouver une certaine autonomie alimentaire.

De l’urgence à la résilience OIM se met dedans

Ces préoccupations rejoignent les objectifs du projet RE2CLID (Regional Responses to Climate Displacement in Sub-Saharan Africa) financé

par la Délégation de l’Union Européenne au Burundi et mis en œuvre par l’OIM Burundi. Ce projet vise à renforcer la prévention, la résilience et l’autonomie des communautés affectées par les déplacements vivant dans des zones exposées aux catastrophes, aux impacts du changement climatique et à la dégradation de l’environnement.

En complément aux interventions  menées dans le cadre de RE2CLID, le programme CCMD (Climate Change and Migration Data), soutenu par le Ministère des Affaires étrangères du Danemark et mis en œuvre par ISHAKA2250 (Organisation dirigée par des jeunes œuvrant pour promouvoir l’action climatique et le développement durable au Burundi) avec l’appui de l’OIM, contribue également à renforcer la résilience des communautés affectées par les déplacements liés au climat.

À Gateri, les actions prévues par ISHAKA 2250 comprennent notamment la plantation d’arbres fruitiers et forestiers ainsi que l’appui aux ménages les plus vulnérables à travers l’octroi de petit bétail.

Pour les habitants de ce site né d’une catastrophe environnementale, l’enjeu n’est plus seulement de survivre après les eaux. Il est désormais de reconstruire durablement une vie bouleversée par les inondations.

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