Procès du CNL en délibéré : Le duel entre Rwasa et Girukwishaka se joue au niveau de la Cour suprême

Le procès opposant l’ancien président du Congrès National pour la Liberté (CNL), Agathon Rwasa, à l’actuel président du parti, Nestor Girukwishaka, est désormais entre les mains de la Cour suprême.
Après une audience tenue le 16 juillet 2026, la haute juridiction a mis l’affaire en délibéré. Son arrêt est attendu dans un délai ne dépassant pas deux mois. D’ici là, une question reste au cœur des débats : qui, d’Agathon Rwasa ou de Nestor Girukwishaka, sera reconnu comme le dirigeant légitime du CNL ?
Une audience marquée par l’absence de la partie défenderesse
L’audience de jeudi s’est déroulée en l’absence de la partie défenderesse représentée par Nestor Girukwishaka. Cette absence n’a toutefois pas empêché la Cour suprême de clôturer les débats et de mettre l’affaire en délibéré.
À l’extérieur du palais de justice, une foule nombreuse était venue accueillir Agathon Rwasa. Acclamé par ses partisans dès son arrivée, l’ancien président du CNL a été escorté jusqu’à la salle d’audience dans une ambiance de ferveur qui témoignait de l’attachement d’une partie de la base militante à sa personne.
À l’issue de l’audience, Agathon Rwasa s’est montré confiant et a vivement critiqué l’absence de ses adversaires.
« Je pense qu’ils ont été conseillés de ne pas venir pour éviter de se ridiculiser car ce qu’ils ont fait au sein du parti n’a aucun fondement est et surtout contraire au statuts du parti. Lorsqu’on lit les statuts du parti, c’est honteux », a-t-il déclaré à la presse.
Pourquoi le camp Girukwishaka n’a-t-il pas comparu ?
Interrogé par Iris News sur les raisons de leur absence à l’audience, Girukwishaka déclare qu’ils avaient transmis à la Cour suprême une liste de points nécessitant des clarifications mais que la session a eu lieu avant réception de la réponse.
D’abord, il s’interroge sur les raisons pour lesquelles Agathon Rwasa n’a traduit en justice que dix personnes, alors que le Congrès de Ngozi avait réuni plus de 1 400 participants.
Il a également soulevé des préoccupations d’ordre sécuritaire. Selon lui, chaque comparution expose ses collaborateurs à des actes d’intimidation de la part de personnes qu’il présente comme des partisans d’Agathon Rwasa. Il cite notamment des coups portés contre les véhicules avec l’intention d’en briser les vitres, des bousculades, des altercations et d’autres incidents similaires.
Enfin, il affirme ne pas comprendre comment Agathon Rwasa continue de se présenter comme le président du CNL et d’utiliser les symboles officiels du parti, notamment son sceau, alors qu’il estime avoir été régulièrement remplacé à la tête de cette formation politique.
Au cœur du litige : la légalité du congrès ayant destitué Agathon Rwasa
Le différend repose essentiellement sur la légalité du congrès qui, en mars 2024, a conduit à la destitution d’Agathon Rwasa.
L’ancien président du CNL affirme que cette réunion s’est tenue en violation des statuts du parti et que toutes les décisions qui en découlent sont fausses.
À l’inverse, Nestor Girukwishaka affirme que ce congrès a été organisé conformément aux textes internes du CNL. Il rappelle que les nouvelles instances dirigeantes ont ensuite été reconnues par le ministère de l’Intérieur, chargé notamment de l’encadrement des partis politiques.
Que peut-on attendre de la Cour suprême ?
En mettant l’affaire en délibéré, la Cour suprême dispose désormais d’un délai maximal de deux mois pour rendre sa décision.
Dans le camp d’Agathon Rwasa, l’optimisme est affiché. Ses proches estiment que les arguments juridiques présentés devant la Cour leur sont favorables.
Du côté de Nestor Girukwishaka, le discours est tout aussi serein. Ses collaborateurs assurent que les procédures ayant conduit au changement de direction du parti ont été respectées et disent attendre le verdict avec confiance.
Pendant ce temps, Agathon Rwasa continue d’afficher ses ambitions politiques. Il affirme qu’aucun des candidats déclarés à l’élection présidentielle de 2027 ne constitue, selon lui, un adversaire capable de le battre une fois candidat aux élections de 2027.
La dernière parole appartient désormais à la Cour suprême. Son arrêt, attendu dans les deux prochains mois, pourrait mettre un terme à près de deux années de bataille judiciaire et redessiner durablement l’avenir du CNL, à quelques mois de l’ouverture du processus électoral de 2027.



