Collecte des taxes communales : Kayanza, Ruyigi et Kirundo, trois réalités contrastées

Nadine Nishemezwejuin 7, 202610min350
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La redevabilité est l’un des piliers de la bonne gouvernance. À Kayanza, en province de Butanyerera, ce principe est progressivement devenu un outil de gestion et de dialogue avec les citoyens. Tous les six mois, les autorités communales rendent compte publiquement des recettes collectées ainsi que de l’utilisation des fonds issus des taxes communales. Mais quelle est la situation dans les autres parties du pays ?

La transparence semble porter ses fruits à Kayanza. La commune encaisse aujourd’hui plus de 80 millions de francs burundais par mois et affiche des performances fiscales qui font figure de référence. À l’inverse, à Ruyigi comme à Kirundo, des défis persistent encore, qu’il s’agisse des modalités de paiement ou de la confiance des contribuables dans l’utilisation des recettes.

Plus de 80 millions de FBu collectés chaque mois

Lors d’un débat radiophonique organisé le 26 mai 2026 par La Benevolencija, en collaboration avec 18 médias burundais, dont 12 radios et six organes de presse écrite dont Iris News, sur la collecte des taxes communales, l’administrateur de la commune Kayanza, Godefroid Niyonizigiye, a révélé que sa commune perçoit en moyenne plus de 80 millions de francs burundais chaque mois.

> Emission à écouter ici. 

Selon l’administrateur Niyonizigiye, les recettes communales ont enregistré une progression de 115 % par rapport aux exercices précédents. Pour l’exercice écoulé, les recettes globales se sont élevées à 889 millions de francs burundais.

L’administrateur de la commune Kayanza, Godefroid Niyonizigiye

Cette hausse est notamment attribuée à l’introduction de l’application e-     Taxe dans le processus de collecte ainsi qu’aux campagnes de   sensibilisation menées auprès des contribuables.

« Grâce à ces ressources, plusieurs projets sont en cours, notamment la   construction du centre de santé de Kabuye ainsi que la réhabilitation de   routes dans les localités de Rukere, Jene et Kabarore », a indiqué   l’administrateur communal.

 Les citoyens associés aux décisions

À Kayanza, la transparence ne se limite pas à la présentation des     chiffres. Les autorités locales mettent également en avant la participation   citoyenne dans la définition des priorités de développement.

Rita Karenzo, déléguée du président du Conseil communal, explique que   les projets réalisés résultent de consultations régulières avec la population.

« Des réunions sont organisées afin de recueillir les besoins exprimés par les citoyens. Ces propositions sont ensuite intégrées dans le Plan communal de développement communautaire », précise-t-elle.

Les projets retenus sont ensuite inscrits dans le Plan de travail et budget annuel (PTBA), qui sert de cadre de financement et d’exécution. Tous les six mois, des séances d’évaluation permettent également aux habitants de vérifier l’état d’avancement des engagements pris par les autorités.

Une confiance qui se renforce progressivement

Cette approche semble contribuer à améliorer la perception de la fiscalité communale.

Anatole Akeza, représentant de la Confédération des syndicats des travailleurs de Kayanza, observe une évolution positive.

« À une certaine époque, plusieurs citoyens se plaignaient de la manière dont les taxes étaient collectées, notamment en raison de l’absence de quittances. Aujourd’hui, la situation évolue, probablement parce que les réalisations financées par ces taxes sont visibles sur le terrain », estime-t-il.

Selon lui, près de 70 % des projets prévus sont effectivement réalisés, un niveau qui contribue à renforcer progressivement la confiance entre les contribuables et les autorités locales.

À Ruyigi, les commerçants réclament une banque de proximité

Dans la commune Ruyigi, les commerçants reconnaissent également l’importance des taxes communales dans le financement du développement local.

« Nous sommes satisfaits de payer les taxes parce qu’elles reviennent à la population sous forme d’infrastructures telles que les hôpitaux ou d’autres équipements publics. Si je ne contribuais pas, je me sentirais en faute », témoigne un commerçant.

Mais certains obstacles subsistent.

Les commerçants déplorent notamment l’absence d’une agence Bancobu à proximité du marché, ce qui les oblige à effectuer leurs paiements par téléphone mobile.

« Le principal problème est que nous devons payer les taxes par téléphone parce qu’il n’y a pas d’agence Bancobu ici. Il serait souhaitable que cette banque ouvre une agence à Ruyigi », plaident-ils.

Si la population semble adhérer au principe de la fiscalité locale, elle souhaite davantage de facilités dans les procédures de paiement.

Kirundo : des contribuables qui peinent à voir les retombées

Le contraste est encore plus marqué à Kirundo.

Sur place, plusieurs habitants disent ne pas percevoir concrètement les bénéfices des taxes qu’ils versent régulièrement.

Sous couvert d’anonymat, un habitant identifié par les initiales N.N. exprime son mécontentement :

« Nous parcourons plusieurs kilomètres pour atteindre un hôpital. Nous manquons également d’eau potable et d’infrastructures publiques. Personnellement, je ne vois pas l’utilité des taxes que nous payons. »

Pourtant, la commune affiche des recettes importantes. Pour l’exercice budgétaire 2025-2026, elle avait fixé un objectif de 2,15 milliards de francs burundais. Selon Céline Ntakirutimana, comptable communale, plus de 1,58 milliard de francs avaient déjà été collectés jusqu’au mois d’avril 2026.

Malgré ces performances, une partie de la population estime que les réalisations visibles ne sont pas à la hauteur des contributions demandées.

Des recettes en hausse, mais des défis persistants

Le ministère ayant le développement communal dans ses attributions a récemment évalué les performances des communes en matière de collecte fiscale.

Les données présentées montrent qu’au mois de novembre 2025, les recettes communales ont atteint 5,89 milliards de francs burundais, contre 7,27 milliards pour la période de référence.

Pour Déo Ruberintwari, chargé de la Décentralisation au ministère de l’Intérieur, les efforts doivent se poursuivre afin d’améliorer la gestion des recettes locales.

Il estime nécessaire de renforcer l’encadrement des percepteurs, mais aussi d’intensifier les campagnes de sensibilisation auprès des contribuables.

« Les citoyens doivent connaître les taxes et impôts qu’ils sont tenus de payer, mais également comprendre à quoi servent les ressources collectées », insiste-t-il.

La transparence, clé du civisme fiscal

Les expériences observées à Kayanza, Ruyigi et Kirundo illustrent les réalités contrastées de la fiscalité communale au Burundi.

À Kayanza, les autorités ont fait le pari de la transparence, de la participation citoyenne et de la visibilité des réalisations pour renforcer le civisme fiscal. À Ruyigi, les contribuables adhèrent au principe de l’impôt mais réclament davantage de facilités de paiement. À Kirundo, c’est surtout la question de l’utilisation des recettes qui alimente les frustrations.

Une leçon semble toutefois se dégager de ces différentes expériences : l’augmentation des recettes communales ne suffit pas à elle seule. Pour susciter l’adhésion durable des contribuables, les citoyens doivent pouvoir constater concrètement que les taxes qu’ils paient se traduisent par des routes, des écoles, des centres de santé ou des services publics améliorés.

Car au-delà des chiffres, la confiance se construit avant tout par la redevabilité et par la preuve tangible que chaque franc collecté contribue effectivement au développement de la commune.

 

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