Africa Day 2026 : « Trouvons des solutions aux problèmes africains, s’il vous plaît, mais avec les jeunes ! »

Juste Nobel Nkunzimanamai 29, 202613min270
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Le 25 mai est la date de célébration de la Journée mondiale de l’Afrique. Symbole du panafricanisme, de l’unité et de la diversité culturelle africaine, cette journée rappelle les luttes menées pour l’émancipation et la solidarité des peuples africains. Pour la première fois, elle a été célébrée à Bujumbura.

Cette célébration préparée par le groupe diplomatique africain à Bujumbura, en partenariat avec le ministère des Affaires étrangères, a réuni plusieurs personnalités politiques, diplomatiques, des représentants d’institutions internationales et des missions venues de partout en Afrique autour des grands défis qui marquent l’avenir du continent.

C’est l’ancien président du Burundi et président actuel du Conseil des Sages de l’Union africaine, parmi les panelistes du jour, qui a donné le sens de l’organisation de cette journée : « A l’occasion de cette journée, il nous appartient de revisiter cet héritage avec lucidité pour mesurer les promesses et surtout en tirer les leçons pour forger une liberté réelle, une liberté économique, une liberté politique à la hauteur des sacrifices que nos anciens ont connus. Je ne voudrais pas, cependant, que cette journée se réduise à une simple commémoration nostalgique ou à une éternité lointaine et mémorielle. »

Pour lui : « L’émancipation africaine doit donc être repensée, non comme un état acquis aujourd’hui, mais comme un processus dynamique dont l’animation exige une réforme globale de nos logiciels institutionnels, académiques et même civiques. »

Les activités ont débuté par une visite guidée par le président Évariste Ndayishimiye des stands exposant différents produits africains, des objets historiques ainsi que des initiatives venues de plusieurs pays du continent.

 Un appel à l’émancipation de l’Afrique

Le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, a profité de cette journée pour lancer un appel fort à l’émancipation du continent africain. « Une Afrique forte est une Afrique capable de produire, transformer et innover elle-même », a indiqué Évariste Ndayishimiye dans son discours de l’Africa Day.

Le président Ndayishimiye a tenu à rappeler que les peuples africains attendent des dirigeants des actions concrètes comme l’accès à l’éducation, à la santé, à l’eau, à l’emploi et à la sécurité.

Dans un contexte africain marqué depuis plusieurs années, depuis les indépendances, par des crises politiques, économiques et sécuritaires, son discours s’est voulu porteur d’un nouveau souffle basé sur l’action et la transformation du continent.

Sur ce point, Évariste Ndayishimiye a souligné qu’il ne peut y avoir en aucun cas un développement durable sans une paix durable. C’est pourquoi faire taire les armes demeure une priorité pour le continent, a-t-il indiqué.

Selon lui, la Journée de l’Afrique représente à la fois la mémoire collective du continent, l’héritage des luttes pour l’unité africaine ainsi que l’espérance d’une Afrique forte, prospère et souveraine.

L’eau potable et l’assainissement au cœur de l’Agenda 2063

Parmi les thèmes majeurs abordés durant cette célébration figure la question de l’accès à l’eau potable et de l’assainissement, considérée comme un pilier essentiel de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Plusieurs panelistes ont insisté sur l’urgence d’investir dans ce secteur afin d’améliorer les conditions de vie des populations africaines.

« Investir pour assurer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, c’est sauver des vies, protéger la dignité humaine et réduire les risques sanitaires », a déclaré Violet Kakyomya, coordinatrice des agences des Nations unies au Burundi.

Elle a notamment mis en avant l’importance d’associer l’eau aux énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire, afin de renforcer les services dans les écoles, les hôpitaux ainsi que dans les sites accueillant des populations déplacées.

Entre ambitions et réalités africaines : le discours très fort de Domitien Ndayizeye

Cependant, entre les discours et la concrétisation des ambitions africaines, plusieurs obstacles persistent.

La mauvaise gouvernance, la corruption, les conflits armés ainsi que les flux financiers illicites continuent de freiner la réalisation des objectifs de l’Agenda 2063.

L’ancien président burundais Domitien Ndayizeye est revenu sur certaines réalités historiques et politiques du continent. Dans son discours, où parfois il prenait des allures de conteur, d’autres fois de pédagogue, il a évoqué l’histoire de plusieurs mouvements de libération devenus des partis dominants refusant parfois l’alternance politique, ainsi que l’introduction du multipartisme dans les années 1990 sous pression extérieure.

Mais il s’est particulièrement adressé à la jeunesse : « La génération qui porte aujourd’hui l’avenir de l’Afrique est la première à avoir grandi entièrement après les indépendances. Elle est plus connectée, plus informée, plus mobile et plus impatiente. Le combat pour la libération réelle lui appartient. Et à cet égard, il importe de réinventer le panafricanisme par la base. Le panafricanisme ne peut plus être la panache des seuls chefs d’État. Ce panafricanisme, par le bas, est la forme moderne de la solidarité que l’ancien président Nyerere appelait “de tous ses vœux”. »

Pour lui, aujourd’hui la technologie est un outil de libération pour les jeunes tel que l’était le fusil hier. « La jeunesse n’a pas à mendier la bonne gouvernance, elle doit l’exiger. Elle doit la revendiquer. Ce sont des droits civiques qu’elle doit revendiquer avec la même détermination que les combattants de la libération tenaient leur fusil, ceux dont j’ai parlé au début. Cela signifie la participation aux processus électoraux, la mobilisation contre la corruption, l’engagement dans les institutions locales et nationales et le refus de la cooptation par des élites prédatrices. »

Et dans une conclusion presque solennelle, Domitien Ndayizeye a lancé un appel clair : les solutions aux problèmes africains ne pourront se construire sans la jeunesse. Pour lui, l’avenir du continent ne doit plus seulement se décider pour les jeunes, mais avec eux.

La jeunesse africaine au centre du changement

Abondant dans le sens de Ndayizeye, le président Évariste Ndayishimiye estime que le panafricanisme ne doit plus rester un simple slogan, mais devenir une véritable méthode d’action et de transformation.

« L’heure n’est plus aux discours », a-t-il affirmé, appelant à l’implication directe de la jeunesse africaine à travers l’intelligence, la créativité et l’engagement.

« La paix en Afrique ne tiendra que si sa jeunesse est capable d’innover, de produire et de servir le bien commun avec responsabilité », a déclaré le président burundais, souvent surnommé “l’ami des jeunes”.

Le ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, a également insisté sur la nécessité de réformer les systèmes éducatifs afin de former des jeunes capables de transformer les ressources du continent et de participer activement à son développement. Les universités, les institutions publiques, les centres de recherche et le secteur privé sont ainsi appelés à jouer un rôle crucial dans ce projet.

À titre d’exemple, Édouard Bizimana a parlé du PAEEJ, une structure de l’État qui aide à l’autonomisation des jeunes, et a demandé aux responsables d’autres pays de faire pareil et ainsi offrir à la jeunesse un cadre pour développer leurs idées.

De son côté, Violet Kakyomya a rappelé que les jeunes ne doivent pas être considérés comme de simples bénéficiaires, mais comme les véritables acteurs du changement. Elle a également plaidé pour un soutien accru aux associations de femmes, qu’elle considère comme des partenaires indispensables dans la construction d’un avenir meilleur pour l’Afrique.

À travers cette célébration de l’Africa Day 2026, le Burundi aura voulu porter un message clair : malgré les crises et les défis persistants, l’Afrique conserve l’ambition de bâtir un continent uni, prospère et tourné vers l’avenir.

Les activités ayant marqué la journée de l’Afrique se sont clôturées par un match de football qui a opposé le ministère en charge des Affaires étrangères et de la Coopération au développement aux membres de la diplomatie de l’Union africaine. Ce duel s’est achevé sur une victoire écrasante du Groupe diplomatique de l’Union africaine sur l’équipe du ministère des Affaires étrangères burundais.

Nkunzimana Juste Nobel

 

Le Président de la République du Burundi, Évariste Ndayishimiye.
Domitien Ndayizeye, ancien Président de la République du Burundi et actuel président du Conseil des Sages de l’Union africaine

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