Le savoir n’a pas dit son dernier mot

Guillaume Muhozamai 31, 202610min190
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Je crois qu’un élève qui traverse tout le cycle secondaire (fondamental) sans jamais s’intéresser à Génies en Herbe passe à côté de quelque chose d’essentiel. Il pourra obtenir d’excellentes notes, décrocher son diplôme, maîtriser sa spécialité. Mais il lui manquera souvent cette curiosité intellectuelle qui pousse à relier les savoirs, à comprendre le monde dans sa complexité et à développer ce réflexe devenu rare : apprendre pour le plaisir d’apprendre.

Dans un monde qui change à une vitesse vertigineuse, la connaissance générale n’est plus un luxe. Elle est une nécessité. Comment prétendre comprendre les grands débats de son époque, saisir les enjeux géopolitiques, économiques, scientifiques ou culturels, si l’on ne cultive pas cette ouverture d’esprit qui permet d’aller au-delà de son domaine de prédilection ? Une tête bien faite vaut toujours mieux qu’une tête simplement remplie.

Il fut un temps où Génies en Herbe occupait une place particulière dans l’imaginaire scolaire burundais. Créé en 1999, ce club était devenu un véritable laboratoire d’excellence intellectuelle. Beaucoup de ceux qui occupent aujourd’hui des postes importants dans les médias, les entreprises, les universités ou les institutions publiques y ont fait leurs premières armes. On y apprenait à réfléchir vite, à argumenter, à écouter, à douter parfois, et surtout à aimer le savoir.

C’est pourquoi il est réconfortant de constater que, vingt-sept ans après sa création, l’aventure continue.

Hier se disputaient la finale, la petite finale et le traditionnel concours de danse El Magnifico qui accompagne ce championnat interscolaire. Une journée qui a rappelé que, malgré les difficultés, la flamme est toujours là.

Les résultats étaient les suivants :

  • Finale : Lycée Municipal de Kinama 180 – 170 Lycée Sainte Famille de Kinama.
  • Petite finale : Lycée du Saint-Esprit 230 – 180 Lycée Culturel Islamique.

Cinq observations me viennent à l’esprit

La première est sans doute la plus intéressante. Les établissements issus des quartiers populaires de Bujumbura s’affirment désormais comme des acteurs majeurs de cette compétition. La finale opposait deux écoles de Kinama. Plus remarquable encore, le Lycée Sainte Famille de Kinama disputait sa quatrième finale en six ans. Dans la petite finale également, le Lycée Culturel Islamique confirmait cette montée en puissance. Une évolution qui traduit un rééquilibrage salutaire. L’époque où quelques établissements SOS, Saint-Esprit, Vugizo, Notre Dame ou Lycée du Lac, monopolisaient systématiquement les premiers rôles semble progressivement s’éloigner.

La deuxième observation concerne les partenaires. Pendant plusieurs années, le championnat a parfois peiné à attirer des soutiens. Hier, plusieurs entreprises avaient répondu présentes : Chalk Chain, Ecobank, ASSUR, Nuyu Agency, entre autres. Ce regain d’intérêt est encourageant. Il témoigne d’une prise de conscience : soutenir la connaissance et l’excellence intellectuelle est aussi un investissement pour l’avenir.

La troisième observation est moins réjouissante. Les médias étaient pratiquement absents. À ma connaissance, seul Iris News étions là. C’est regrettable. Nous nous plaignons souvent du recul de la culture générale chez les jeunes, mais nous accordons peu d’attention aux initiatives qui cherchent précisément à la promouvoir.

La quatrième observation concerne le niveau des questions. Sans nostalgie excessive, on peut avoir le sentiment que le niveau général était légèrement inférieur à celui des grandes années. Mais cette évolution s’explique aussi par les transformations du système éducatif. La réforme fondamentale a progressivement renforcé la spécialisation des filières. On forme davantage des profils orientés vers une discipline donnée, là où l’ancien système plus humaniste, encourageait davantage le brassage des connaissances.

Enfin, il était particulièrement agréable de voir les anciens (alumnis) revenir. Certains avaient quitté les bancs de l’école depuis longtemps. Pourtant, ils étaient là pour soutenir les nouvelles générations. Plus encore, les dirigeants actuels du club ont eu l’intelligence de leur donner la parole, de les mettre en valeur, de les inviter à transmettre leur expérience. Une institution ne grandit que lorsqu’elle entretient sa mémoire.

Je crois donc qu’il faut continuer.

Continuer à organiser ce championnat. Continuer à le financer. Continuer à le médiatiser. Continuer à y envoyer nos enfants.

Car un pays qui cesse de célébrer le savoir finit toujours par célébrer autre chose. Et rarement pour le meilleur.

Génies en Herbe n’est pas seulement un concours. C’est l’une des rares fabriques de curiosité intellectuelle qui nous restent encore. Et cela mérite, à lui seul, toute notre attention.

Comme le dit la devise du club : Que la marche vers l’excellence continue !

Génies en Herbe reste une institution !

 

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