Burundi : Faustin Ndikumana questionne l’indépendance du dispositif anticorruption dirigé par Ndayishimiye

La Rédactionoctobre 14, 20266min580
Faustin Ndikumana
01:56:48jeudi 15 octobre 2026Bujumbura · GMT+2

Au lendemain du lancement de la « Stratégie nationale de lutte contre la corruption et les malversations économiques », le président de PARCEM estime que le chef de l’État ne devrait pas diriger lui-même le mécanisme chargé de combattre ce phénomène. Il plaide pour une structure indépendante associant société civile, universitaires, responsables religieux et médias.

La lutte contre la corruption au Burundi s’accompagne d’un débat sur les mécanismes chargés de la conduire et d’en assurer le suivi. Le 14 octobre 2026, Faustin Ndikumana, président de l’organisation Parole et Actions pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités (PARCEM), a exprimé ses réserves sur le dispositif dirigé par le président Évariste Ndayishimiye.

« Le président de la République ne peut pas diriger une commission chargée de lutter contre la corruption, car il ne peut pas agir puis revenir s’évaluer lui-même », estime-t-il.

Pour Faustin Ndikumana, le mécanisme devrait être composé d’acteurs indépendants des institutions publiques. Son interrogation porte sur la capacité d’une structure placée sous la conduite du chef de l’État à assurer un contrôle indépendant des pratiques et des responsabilités au sein de l’administration.

Une stratégie nationale, un débat sur sa mise en œuvre

Le 9 octobre, au palais de Kiriri, à Bujumbura, Évariste Ndayishimiye a officiellement lancé la mise en œuvre de la « Stratégie nationale de lutte contre la corruption et les malversations économiques », adoptée par le Conseil des ministres le 7 janvier 2026.

À cette occasion, le chef de l’État a appelé à une mobilisation contre les pratiques portant atteinte aux ressources publiques. Il a également insisté sur la nécessité de mieux informer les citoyens sur l’origine de ces ressources et leur utilisation.

Le dispositif prévoit notamment la mobilisation de comités mixtes de lutte contre la corruption au niveau des collines, ainsi qu’une campagne nationale de sensibilisation de trois mois. Il s’inscrit dans l’objectif de réduction de la corruption à l’horizon 2030, dans le cadre de la Vision Burundi, pays émergent en 2040 et pays développé en 2060.

C’est sur l’organisation de cette lutte que porte la réserve exprimée par le président de PARCEM. Il préconise une distinction entre les institutions chargées de mettre en œuvre les politiques publiques et les structures appelées à en assurer le contrôle indépendant.

PARCEM plaide pour une structure indépendante

Faustin Ndikumana propose que la commission de suivi soit composée de représentants d’organisations indépendantes, d’universitaires, de responsables religieux et de médias.

Il évoque parallèlement le rôle que devraient jouer les institutions publiques de contrôle, notamment la Cour des comptes, l’Ombudsman et la Cour suprême. Il préconise également la création d’une juridiction spécialisée dans la lutte contre la corruption.

Ces propositions visent à distinguer le suivi indépendant de la stratégie des missions d’enquête, de contrôle et de sanction relevant des institutions compétentes.

Le président de PARCEM recommande, en outre, l’élaboration d’un document de référence précisant les modalités de mise en œuvre du dispositif. Il souhaite que des actions de sensibilisation permettent aux citoyens de mieux comprendre ce que recouvre la corruption et les moyens de la combattre.

Ndayishimiye s’est montré ferme

Lors du lancement de la stratégie, le 9 octobre, Évariste Ndayishimiye a tenu un discours ferme à l’égard des pratiques de corruption. Il a notamment évoqué l’inscription sur une liste noire des personnes reconnues comme corrompues, afin qu’elles ne soient plus nommées à des fonctions publiques.

Le chef de l’État a également adressé un avertissement à l’Office burundais des recettes (OBR), appelant ses responsables à davantage de transparence et les menaçant de remplacement en cas de persistance des pratiques dénoncées.

« Je vais repartir de zéro et mettre en place ma propre OBR, que je développerai discrètement. Si vous ne changez pas, je vous remplacerai tous », a-t-il déclaré.

La mise en œuvre de la stratégie nationale devra désormais se traduire par des résultats concrets. La position de Faustin Ndikumana remet au centre du débat la question de l’indépendance des mécanismes chargés de suivre les efforts de lutte contre la corruption.

D’un côté, le président de la République affiche sa volonté de sanctionner les pratiques qu’il dénonce. De l’autre, PARCEM plaide pour une structure indépendante, capable de suivre cette lutte sans être dirigée par les autorités dont l’action publique est susceptible d’être examinée.

 

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