22 milliards par commune : quels emplois pour les jeunes ? DÉBAT

Juste Nobel Nkunzimanaseptembre 29, 20268min360
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L’État prévoit d’allouer en moyenne 22 milliards de francs par commune au titre du budget national 2026-2027. Au-delà de ces montants, une question reste posée : quels projets les communes mettent-elles en œuvre pour transformer ces ressources en activités économiques et en emplois ? L’enjeu est majeur pour les jeunes, qui représentent plus de 70 % de la population burundaise.

Cette question était au cœur d’une émission organisée en synergie le 23 septembre 2026 dans la commune et province de Gitega, avec l’appui de l’ONG La Benevoncija. Administrateurs communaux, représentants de la jeunesse et acteurs de la société civile ont échangé sur les initiatives susceptibles de créer de l’emploi à l’échelle locale.

Quels projets porteurs existent dans les communes ?

Dans les communes rurales, l’agriculture et l’élevage demeurent les principaux piliers de l’économie locale. Pour Mélchiade Ciza, administrateur de la commune de Bugendana depuis un an, les projets de développement portés par la commune doivent s’appuyer sur ces réalités économiques. « Les habitants, surtout dans les communes de l’intérieur du pays, vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage », explique-t-il. Il cite en exemple la culture de l’avocat, mise en avant dans sa circonscription, et observe que, dans l’attribution des fonds, les projets agricoles ont souvent plus de chances d’être retenus.

Mélchiade Ciza, administrateur de la commune de Bugendana

« Démarrer, c’est déjà un souci »

Selon l’administrateur, l’obstacle principal tient souvent au lancement même des activités. Il évoque les difficultés liées à l’approbation des projets et à la praticabilité des sites où ils doivent être réalisés. Mais une fois ce cap franchi, assure-t-il, « on ouvre la voie à des emplois durables ». Il souligne aussi que l’octroi de crédits est plus aisé lorsqu’il s’adresse à des groupements, tels que les coopératives : il est donc essentiel, insiste-t-il, que les jeunes s’organisent en coopératives.

Des initiatives déjà lancées à Kiganda

À Kiganda, plusieurs activités ont déjà démarré. L’administratrice communale, Diane Irakoze, mentionne notamment la fabrication de savons, de sacs et de chaussures, des initiatives principalement portées par des femmes. Elle observe également une évolution des aspirations professionnelles des jeunes : alors que beaucoup espéraient autrefois intégrer la fonction publique, certains se tournent désormais vers l’entrepreneuriat et cherchent à développer leurs propres activités.

Diane Irakoze, admnistratrice communale de Kiganda

Entre inadéquation des emplois et manque d’information

Malgré ces initiatives, certains jeunes estiment que les communes ne proposent pas encore de projets porteurs d’emplois. Le manque d’information sur les opportunités locales complique en outre leur insertion professionnelle.

À Gitega, plusieurs d’entre eux racontent leurs difficultés à trouver un emploi correspondant à leur formation. Etienne Ntirakirwa, du quartier Karambi, s’est tourné vers la coiffure pour subvenir à ses besoins après ses études universitaires. Avec un soutien, estime-t-il, son salon pourrait être mieux structuré et devenir un véritable projet porteur. Fabrice Jamboryimana a lui aussi dû changer de voie : formé à l’université en développement communautaire, il s’est lancé dans le transport de personnes et de marchandises. Sept ans après la fin de ses études, il affirme ne toujours pas avoir trouvé d’emploi dans son domaine.

Pour ces jeunes, le déficit d’information constitue une difficulté supplémentaire. Ils regrettent l’absence de plateformes clairement identifiées où les communes pourraient publier leurs projets, leurs offres d’emploi et leurs appels à candidatures. Ils réclament également davantage de transparence dans les recrutements, qui devraient, selon eux, reposer sur les compétences et les qualifications.

Jean Bosco Ndayizeye, coordinateur au sein de D-Techno, usine pionnière dans l’assemblage de téléphones, et représentant de la jeunesse, estime pour sa part que certaines communes ne connaissent pas suffisamment leurs propres potentialités, ce qui limite leur capacité à développer des activités génératrices d’emplois durables.

Le déficit d’infrastructures constitue un autre obstacle. Diane Irakoze explique que certains projets identifiés par les communes restent irréalisables faute de conditions adéquates. « Des investisseurs peuvent, par exemple, renoncer à un projet après avoir constaté le mauvais état des routes ou l’absence d’eau et d’électricité dans les zones ciblées », souligne-t-elle.

À Bugendana, Mélchiade Ciza met quant à lui en avant la faiblesse des recettes communales. Les communes comptent notamment sur les taxes et les impôts pour financer leurs activités, mais ces ressources restent irrégulières. Dans une économie largement dépendante de l’agriculture, de mauvaises récoltes peuvent en outre entraîner une baisse des recettes fiscales.

Convertir les ressources locales en emplois 

Face à ces contraintes, plusieurs solutions sont proposées pour mieux transformer les ressources locales en emplois.

Pour Arthémon Muntunutwiwe, secrétaire général de l’OLUCOME, la création d’emplois ne peut pas reposer uniquement sur les initiatives communales.

« L’État devrait commencer par identifier les projets les plus porteurs. Il pourrait aussi recenser les jeunes ayant terminé leurs études, déterminer leurs domaines de spécialisation, les regrouper et concevoir des projets adaptés à leurs compétences », propose-t-il.

Jean Bosco Ndayizeye insiste, de son côté, sur le développement des coopératives et la transformation des produits agricoles. Il cite notamment l’avocat, dont une partie de la production burundaise est exportée sans transformation.

« Il faudrait soutenir les coopératives afin que des produits comme l’avocat, qui partaient notamment de Muyinga vers la Tanzanie, puissent être transformés localement. »

L’enjeu dépasse donc les 944 milliards de BIF annoncés pour les communes en 2026-2027. Il consiste désormais à convertir ces ressources en activités économiques, en valeur ajoutée et en emplois.

Alors que les communes sont appelées à devenir des moteurs du développement local, le défi est de passer des ressources mobilisées aux emplois effectivement créés. Cela suppose de mieux recenser les potentialités de chaque territoire, d’améliorer les infrastructures et d’accompagner les coopératives.

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