Sécurité routière : le Burundi freine entre discipline policière et réformes technologiques

Lievin Niyogusengaaoût 19, 20268min950
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Les accidents de la route continuent d’endeuiller des familles burundaises. Excès de vitesse, alcool au volant, non-respect du Code de la route… les causes sont nombreuses. Mais le Président Evariste Ndayishimiye vient de mettre un autre facteur au centre du débat : la corruption de certains agents de la Police de roulage. Mais au-delà de la discipline policière, les réformes technologiques abandonnées pourraient, elles aussi, changer la donne.

Ce n’est plus l’affaire des organisations de la société civile de dénoncer seules les cas de corruption lors des contrôles routiers. Le Président de la République s’en inquiète lui-même.

Lors de l’ouverture de l’année académique à l’Institut supérieur de police à Mitakataka (Bubanza), Evariste Ndayishimiye pointe du doigt directement certains comportements au sein de la Police de roulage.  « Au pont Ntahangwa, à partir de 21h, les week-ends, c’est de la moisson pour les agents de police. Ils arrêtent les conducteurs comme pour les faire passer sous l’alcootest, alors qu’ils ne leur demandent que des pots-de-vin », fustige le Président.

Il est allé plus loin, promettant de se rendre lui-même sur place pour constater les faits. « Un jour, je me déguiserai en ivrogne et j’irai là-bas. J’offrirai ce qu’ils me demanderont. Mais en retour, l’officier en charge de ces postes policiers en paiera le prix », déclare-t-il.

Autrement dit, pour le Commandant suprême des forces de sécurité, la lutte contre les accidents passe aussi par la discipline des agents chargés de faire respecter le Code de la route. Mais ce n’est pas le seul chantier.

Des feux tricolores qui ont fini par s’éteindre

En 2017, Bujumbura avait enregistré une avancée importante dans le domaine de la sécurité routière. Environ une vingtaine d’intersections et de carrefours avaient été équipés de feux tricolores.

Et les premiers résultats étaient encourageants. En 2021, la Police de roulage indiquait que les accidents avaient sensiblement diminué sur les croisements équipés de ces signaux lumineux. Seulement, les installations n’ont pas bénéficié d’une maintenance à la hauteur. Les équipements solaires ont été volés. D’autres sont tombés en panne. Au fil du temps, les feux se sont éteints les uns après les autres. Aujourd’hui, aucun de ces dispositifs ne fonctionne.

Interrogé sur cette question, le commissaire général de la Police spécialisée dans le roulage (PSR), le colonel de police Etienne Citegetse, assure, sans plus de précisions, que l’État accorde une grande importance à la réinstallation de ces équipements. « D’ailleurs leur dysfonctionnement complique davantage la tâche des agents policiers déployés pour assurer la régulation du trafic », regrette-t-il.

Des radars… puis rien

Les feux tricolores ne sont pourtant pas les seuls dispositifs technologiques à avoir connu une courte existence. En juillet 2022, la Police de roulage avait introduit des radars destinés à contrôler la vitesse des véhicules et à renforcer la sécurité routière à Bujumbura.

Mise à part une utilisation qui avait suscité plusieurs critiques, notamment sur le caractère mobile et parfois peu visible des dispositifs ainsi que sur la perception des amendes,… l’expérience du poliscan n’a cependant pas duré. Quatre ans plus tard, ça ne se parle même plus.

Les feux intelligents, le projet qui n’a jamais démarré

A part les initiatives précédemment citées, une autre réforme, plus ambitieuse encore, est restée au stade embryonnaire : l’installation de feux tricolores intelligents, équipés de caméras et de systèmes permettant d’automatiser davantage la gestion du trafic.

Fiston Niyonkuru, enseignant à l’université du Burundi et directeur général de BITECH, la société locale associée au projet, revient sur l’ambition initiale : « Au départ, nous allions installer des feux intelligents au centre-ville, avant de réparer les anciens feux et de les réinstaller dans d’autres coins périphériques comme Kinama, Kamenge, voire même Gitega. »

Selon lui, un budget de 1,5 milliard de francs burundais était même prévu pour la mise en œuvre du projet au cours de l’exercice budgétaire 2025/2026. Mais là encore, ça n’a pas marché. « Après des changements de personnel opérés au sein de la direction générale de l’Agence routière du Burundi, l’ARB, nous avons appris que le projet avait été attribué à d’autres partenaires. Mais, malgré cela, il semble aussi qu’il n’y ait plus de ligne budgétaire pour un tel projet », affirme-t-il.

Iris News essaie encore de joindre l’ARB afin d’obtenir davantage de précisions sur l’état actuel de ce projet.

Pendant ce temps, la route fait ses victimes

Les chiffres officiels les plus récents sur les accidents de la route restent difficiles à trouver. Mais l’actualité elle ne cesse de rappeler combien la problématique est d’une grande ampleur.

A titre d’exemple, dans la soirée du 14 août, un cas d’accident impliquant un bus de transport en commun et un camion de la Police a fait, selon les premières informations disponibles, neuf morts et plus de dix blessés sur la route Gitega-Rutana.

Au niveau national, en 2021, les autorités burundaises avaient officiellement recensé 592 décès liés aux accidents de la route. L’OMS estimait, dans son rapport, le « nombre réel » de 1.546 décès, soit 12,3 morts pour 100 000 habitants.

Au fond, la sécurité routière ne se résume donc pas à sanctionner les mauvais conducteurs ou à demander plus de discipline aux policiers. Elle repose aussi sur la mise en place d’outils et des systèmes les plus efficaces. Selon Fiston Niyonkuru, un système électronique de contrôle pourrait permettre à la fois une surveillance de la circulation 24 heures sur 24, une collecte plus efficace des amendes, mais aussi faciliter plusieurs démarches comme celles liées aux assurances.

 

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