RDC : le FRN, le grand ou petit retour de Joseph Kabila

Guillaume Muhozaoctobre 14, 20265min620
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18:11:28mercredi 14 octobre 2026Bujumbura · GMT+2

En République démocratique du Congo, les lignes continuent de bouger sur un échiquier où la compétition politique se mêle étroitement à la crise sécuritaire. Annoncé à Goma, le Front pour la refondation de la nation (FRN) ouvre une nouvelle séquence dans la recomposition des forces opposées au pouvoir de Félix Tshisekedi, alors que l’AFC et le M23 occupent déjà une place centrale dans les rapports de force à l’Est.

À la tête de cette nouvelle structure politico-militaire figure l’ancien président Joseph Kabila. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa sont annoncés comme vice-présidents, tandis que Sultani Makenga, chef militaire du M23, figure également dans ses instances dirigeantes avec le rang de vice-président. Cette convergence de personnalités politiques et militaires donne au FRN une portée particulière, sans que ses contours opérationnels ni sa stratégie ne soient encore clairement établis.

À Kinshasa, la réaction officielle n’a pas tardé. Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, a estimé que Joseph Kabila « n’a rien d’autre à offrir que le chaos ». Il a, dans le même temps, réaffirmé l’attachement des autorités au processus de dialogue engagé sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, présenté comme une voie vers le rétablissement de la paix et la préservation de l’intégrité territoriale du pays.

Dans le camp présidentiel, la création du FRN suscite également de vives réserves. Vital Kamerhe y voit un « tournant grave dans la vie politique de la RDC ». Dans un message diffusé mardi 13 octobre au soir, le député national a notamment relevé ce qu’il considère comme une contradiction entre l’appel à la paix lancé par Joseph Kabila le 9 octobre et l’annonce, quelques jours plus tard, d’une structure à caractère politico-militaire.

Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, le parti présidentiel, a adopté un ton plus offensif. Il estime que cette nouvelle orientation vient conforter les accusations formulées par Félix Tshisekedi contre son prédécesseur au sujet de la crise sécuritaire dans l’Est. Évoquant l’ancien chef rebelle angolais Jonas Savimbi, il a prédit une issue comparable pour Joseph Kabila. « Kabila finira comme Savimbi », a-t-il lancé.

Au-delà des réactions qu’il suscite à Kinshasa, le FRN pose des questions qui débordent le cadre congolais. Quels relais cette nouvelle coalition peut-elle trouver au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et auprès des partenaires internationaux ? Surtout, l’entrée en scène de Joseph Kabila modifie-t-elle les rapports de force ou vient-elle formaliser un rapprochement entre plusieurs figures déjà opposées au pouvoir de Félix Tshisekedi ?

L’équation est aussi diplomatique. La naissance du FRN risque-t-elle de compliquer les processus de dialogue engagés autour du conflit impliquant l’AFC et le M23, ou peut-elle, au contraire, ouvrir de nouvelles perspectives de négociation ? À ce stade, rien ne permet de trancher. Tout dépendra des positions que prendront les acteurs concernés et de la place que cette nouvelle coalition cherchera à occuper dans une architecture régionale de paix déjà mise à l’épreuve.

Pour le Burundi, l’évolution mérite un examen attentif. Engagé aux côtés du gouvernement de Félix Tshisekedi, notamment à travers le déploiement de troupes dans l’Est congolais, Gitega est directement concerné par toute modification des équilibres sécuritaires dans la région des Grands Lacs.

Les intentions du FRN, l’étendue de ses soutiens et sa capacité à peser sur le terrain restent à établir. Mais une donnée change : Joseph Kabila, longtemps en retrait de la scène publique, revient dans le jeu par le biais d’une structure politico-militaire. Reste à mesurer si ce retour pèsera réellement sur le rapport de force ou s’il ajoutera une nouvelle inconnue à une équation congolaise déjà particulièrement complexe.

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