Quelle politique d’investissement dans les communes au Burundi ?

La Rédactionaoût 4, 202610min20
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Et surtout : qu’en est-il de la participation citoyenne ?

Au Burundi, comme dans de nombreux autres pays, les communes constituent le premier échelon de la planification et de la mise en œuvre du développement. Grâce aux impôts et taxes payés par les citoyens, mais aussi aux fonds de l’État, aux dons et aux contributions des partenaires, elles financent des projets destinés à améliorer les conditions de vie des populations.

Mais plusieurs questions se posent : comment ces projets sont-ils identifiés, financés et réalisés ? Quelle est la place des citoyens dans ce processus ? Et qu’en est-il de la redevabilité des autorités envers la population ?

Ces questions étaient au cœur d’un débat organisé le 30 juillet 2026 par l’ONG La Benevolencija, dans le cadre du projet « Renforcer les médias pour informer et soutenir les choix des électeurs ».

Ce débat s’est déroulé dans le cadre d’une synergie de dix-huit médias : douze radios et six médias de la presse écrite, dont Iris News.

Comment une commune organise-t-elle ses projets d’investissement ?

Prenons le cas de la commune de Muyinga. Selon Amédée Misago, la planification des investissements communaux commence dès la base. Les autorités communales parcourent les collines afin de recueillir les préoccupations exprimées par les habitants. Ces propositions sont ensuite analysées au niveau des zones avant d’être examinées à l’échelle communale.

« Le conseil communal, les techniciens, les représentants de la société civile ainsi que les responsables religieux se réunissent pour évaluer les projets proposés par la population. Après analyse, les projets retenus sont inscrits dans le Plan communal de développement, en attendant la disponibilité des financements », explique-t-il.

Pour Audace Nizigiyimana, conseiller communal de Muyinga, toutes les demandes de la population sont importantes, mais les moyens étant limités, la commune est contrainte d’établir des priorités.

« Les investissements concernent généralement les écoles, les centres de santé, les routes ou encore les infrastructures hydrauliques. Nous privilégions les projets dont l’impact bénéficie au plus grand nombre. »

D’où proviennent les ressources destinées aux investissements communaux ?

Les communes disposent de plusieurs sources de financement. Les principales proviennent des impôts et taxes collectés auprès des citoyens, des fonds de l’État, des recettes propres de la commune, des dons, des subventions ainsi que des contributions des partenaires techniques et financiers.

Amédée Misago souligne toutefois que les recettes prévues ne sont pas toujours mobilisées.

« Lorsque les récoltes agricoles sont mauvaises, les recettes fiscales diminuent également. Dans ces situations, la commune présente des rapports trimestriels aux représentants de la population ainsi que des rapports semestriels destinés à l’ensemble des citoyens afin d’expliquer pourquoi certains projets ne peuvent pas être réalisés dans les délais prévus. Cela n’empêche évidemment pas la population d’exprimer ses préoccupations. »

Entre attentes et réalité sur le terrain

Même lorsque les projets sont inscrits dans les plans communaux, leur exécution dépend largement des ressources disponibles et de la capacité des autorités à mobiliser des financements complémentaires.

À Rumonge, par exemple, les producteurs de mangues dénoncent un projet inscrit dans le Plan communal de développement communautaire (PCDC), mais insuffisamment soutenu : l’accompagnement des producteurs dans la recherche de marchés d’écoulement demeure très limité. Bernard Masumbuko, producteur de mangues, affirme que la filière traverse une période difficile.

« Autrefois, nous vendions facilement nos mangues sur les marchés locaux, mais aussi au Rwanda et au Kenya où elles étaient transformées. Aujourd’hui, ces débouchés se sont presque entièrement refermés. »

Face à cette situation, producteurs et commerçants demandent aux autorités d’investir dans une usine de transformation afin de créer de la valeur ajoutée, de limiter les pertes post-récolte et de relancer cette filière pourtant essentielle pour l’économie locale.

À Cibitoke, c’est l’accès à l’eau potable qui constitue la principale préoccupation des habitants. Ceux-ci expliquent qu’ils utilisent des eaux souterraines salées, impropres à la consommation, et que durant la saison sèche, l’eau n’est disponible que deux ou trois fois par semaine. Cette situation affecte également les centres de santé, qui ont besoin d’un approvisionnement permanent.

L’administrateur communal de Cibitoke, Éloge Ajeneza, indique que le budget de l’État 2026-2027 prévoit près de 100 millions de francs burundais pour le secteur de l’eau dans cette commune. Il précise également qu’un partenariat a été conclu avec le projet PASELEC pour la construction de 75 kilomètres de réseau d’adduction d’eau. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec les responsables du projet hydroélectrique Ruzizi III afin de mobiliser près de 10 milliards de francs burundais destinés à alimenter en eau les communes de Cibitoke et de Rugombo.

À Muyinga également, les difficultés d’accès à l’eau persistent. Amédée Misago affirme poursuivre les démarches auprès des partenaires afin d’améliorer la desserte. Selon lui, environ 54 % de la population de la commune a actuellement accès à l’eau potable.

Ces différentes situations illustrent que la participation citoyenne ne se limite pas au paiement des impôts. Les habitants contribuent également à identifier les besoins prioritaires de leurs communes et interpellent régulièrement les autorités lorsque les investissements tardent à produire des résultats. Toutefois, certains projets, bien qu’inscrits dans les PCDC et issus des priorités exprimées par les populations, peinent encore à se concrétiser.

La redevabilité : une obligation envers les citoyens

Pour Audace Nizigiyimana, les projets non réalisés ne sont pas abandonnés.

« Ils restent inscrits dans le plan communal et sont exécutés dès que les ressources nécessaires deviennent disponibles. »

Mais pour Arthémon Muntunutwiwe, secrétaire général de l’OLUCOME, les retards ne s’expliquent pas uniquement par le manque de moyens.

« Les citoyens nous signalent parfois que certains projets ne sont pas réalisés. Dans certains cas, cela est dû à l’insuffisance des ressources, mais il arrive également que des fonds soient mal gérés ou que des entreprises attributaires des marchés publics n’exécutent pas les travaux dans les délais. »

Selon lui, les administrateurs communaux ont le devoir d’informer régulièrement la population sur l’état d’avancement des projets et sur les difficultés rencontrées, afin de renforcer la confiance entre les autorités et les citoyens.

Aline Manirabarusha, ancienne gouverneure de la province de Muyinga, compare le Plan communal de développement au projet de vie d’une famille.

« Lorsqu’un projet ne peut être réalisé comme prévu, il faut se réunir, analyser les difficultés et rechercher ensemble des solutions. »

Elle rappelle également que les communes doivent parfois revoir leurs priorités. En cas de catastrophe naturelle, d’effondrement d’un pont ou de toute autre urgence, les ressources disponibles sont naturellement réorientées vers ces besoins immédiats, au détriment de certains projets initialement programmés.

Ainsi, si la participation citoyenne constitue aujourd’hui un pilier de la planification communale, elle ne peut produire des résultats durables sans une redevabilité effective des autorités locales. Recueillir les propositions de projets à prioriser, informer les citoyens, justifier les retards, expliquer les contraintes budgétaires et assurer une gestion transparente des ressources demeurent autant d’exigences essentielles pour renforcer la confiance entre les communes et les populations qu’elles administrent.

 

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