Que se passera-t-il si Urunani BBC se qualifie pour la Basketball Africa League (BAL) ? Pour l’instant, personne ne sait répondre. Le club burundais n’est plus qu’à une marche de la principale compétition africaine de basketball interclubs. Pourtant, ce succès sportif possible inquiète autant qu’il enthousiasme. Le sujet se discute à voix basse, et aucune déclaration officielle ne vient trancher.
Sur le terrain, l’équipe n’a rien laissé au hasard. Du 21 au 25 octobre 2026, à Hoima, en Ouganda, Urunani a fait vibrer la Hoima City Arena en montrant le meilleur de ce que le basketball burundais peut offrir, et ce, sur un parquet en bois. Le club a réussi un parcours parfait lors de cette étape de la Road to BAL : quatre matchs, quatre victoires, aucune défaite. Ce résultat lui ouvre les portes de l’Elite 16, prévue au Kenya en novembre prochain. C’est la dernière ligne droite avant la BAL.
L’entraîneur Elvis Hakizimana, dit Gafyisi, explique ce résultat par une préparation méthodique : « Je préparais chaque match en fonction des caractéristiques de l’adversaire. » Il dit aussi disposer d’un effectif expérimenté, capable de s’adapter à ses choix tactiques. Avec cette dynamique, l’équipe au slogan « Sisi Wenyewe » peut raisonnablement viser la qualification. C’est justement là que les choses se compliquent.
Le précédent Dynamo
Pour comprendre cette inquiétude, il faut revenir en 2024. Cette année-là, Dynamo BBC avait représenté le Burundi en BAL. Après seulement deux matchs, le club s’était retiré de la compétition, car il refusait de porter le maillot affichant le sponsor officiel du tournoi.
Le retrait a coûté cher. La Fédération burundaise de basketball (Febabu) a été condamnée à payer une amende de 50 000 francs suisses, soit environ 160 millions de francs burundais au taux de l’époque. Selon une source proche de la Fédération contactée par Iris News, cette somme n’aurait toujours pas été intégralement réglée.
Les conséquences se sont déjà fait sentir. En 2025, Dynamo BBC a remporté la Vital’o Basketball League mais n’a pas disputé la Road to BAL, en raison de ces sanctions. Le fait qu’Urunani ait pu jouer cette année montre que la porte n’est pas fermée. Elle n’est pas non plus complètement ouverte.
Trois questions sans réponse
En cas de qualification, plusieurs scénarios circulent dans les milieux du basketball burundais.
D’abord, ceux qui veulent rassurer. Pour eux, l’amende devrait être à la charge de Dynamo BBC et les sanctions ne viseraient que ce club. Dans ce cas, Urunani n’aurait rien à craindre.
Ensuite, ceux qui se montrent plus prudents. Puisque l’amende a été infligée à la Febabu, les conséquences pourraient toucher l’ensemble des clubs burundais. Tant que la dette ne sera pas réglée, toute équipe qualifiée risquerait de voir sa participation compromise.
Le gouvernement penche pour cette lecture. Le 29 septembre 2026, à Ngozi, Jeanne Niyonzima, porte-parole du ministère ayant le sport dans ses attributions, a affirmé que la Febabu avait des dettes envers la Fédération internationale de basketball (FIBA). Elle a précisé qu’il revenait non pas au ministère mais à la Febabu de les régler, afin de permettre la levée des sanctions. Interrogée sur le sujet, la Febabu garde le silence.
Enfin, il reste une question que l’argent ne réglera pas : celle du maillot. Même si la dette était effacée et la participation autorisée, Urunani accepterait-il de porter le sponsor officiel de la BAL ? Le refus de Dynamo est à l’origine de toute l’affaire. Personne ne dit publiquement si la même position s’imposerait aujourd’hui.
À Jabe, l’espoir malgré tout
À Jabe, quartier devenu le bastion du club, les supporters veulent croire que les dirigeants ont tout prévu. « Je pense que les responsables du club n’auraient pas investi dans le recrutement de joueurs étrangers de haut niveau, rémunérés en dollars, sans avoir pris en compte la possibilité de poursuivre l’aventure jusqu’à la BAL en cas de qualification », confie à Iris News Jaffari Minani, supporter d’Urunani.
Lui-même reconnaît pourtant que le doute persiste. « Il y a aussi le silence autour de cette question. Personne n’en parle. Même si nous nous qualifions et que la FIBA nous autorise à jouer la BAL, porterons-nous les maillots affichant le sponsor officiel de la compétition ? Nous risquons de revivre le même scénario que Dynamo », s’inquiète-t-il.
En novembre, au Kenya, Urunani jouera sa qualification sur le parquet. Mais la vraie réponse à la question se trouve ailleurs : dans les comptes de la Febabu, dans les bureaux de la FIBA et dans la décision que prendra le club sur un maillot. Si Urunani se qualifie, le basketball burundais devra enfin expliquer ce qu’il compte faire de cette qualification.

