Les galeries Ndayizamba et Le Parisien en fumée : journée fatidique à Bujumbura

La Rédactionaoût 22, 202612min460
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Il est un peu plus de 6 h 30, ce vendredi 21 août, lorsque les premières colonnes de fumée s’élèvent au-dessus du centre-ville de Bujumbura. En quelques minutes, ce qui n’était encore qu’un incendie apparemment circonscrit se transforme en un vaste brasier, ravageant deux des galeries commerciales les plus fréquentées de la capitale économique : Ndayizamba et Le Parisien. Un nouvel incendie qui porte à au moins cinq, en trois mois, le nombre de marchés frappés par les flammes au Burundi.

C’est une matinée étrange. Presque prémonitoire, à 4 heures du matin déjà, un tremblement de terre était ressenti à travers le pays. Puis, deux heures et demie plus tard, les flammes. D’abord dans la galerie Ndayizamba, en plein cœur du centre-ville, avant de gagner le centre commercial voisin, la Galerie Le Parisien – devenue, depuis l’incendie du marché central de Bujumbura en 2013 et ses lourdes répercussions sur l’économie nationale, le véritable cœur battant du commerce en plein centre-ville.

« C’est vers 6 h 30, que tout a commencé », raconte Niyibizi, l’un des commerçants, la stupeur encore dans les yeux. Selon plusieurs témoins, le feu s’est propagé avec une rapidité et une violence qui ont pris de court les équipes de secours. Des camions anti-incendie ont été dépêchés sur place, tandis que les forces de sécurité s’employaient à contenir le sinistre et à empêcher quiconque de pénétrer dans les bâtiments en flammes.

L’homme d’affaires Ndayizamba, propriétaire de la Galerie Ndayizamba, sur les lieux, visiblement abattu.

Sur les lieux, l’impuissance se lisait sur tous les visages. Des bousculades, des pleurs. Des commerçants tentant de récupérer ce qu’ils pouvaient de leurs marchandises, retenus par un cordon de policiers formant un périmètre de sécurité. D’autres, plus nombreux encore, regardaient simplement leurs biens partir en fumée, sans pouvoir intervenir.

À l’heure où nous publions, ce samedi matin, l’ampleur exacte des pertes matérielles reste à évaluer, et aucun décès n’a été officiellement confirmé.

Un commerçant, Amuri Harusha, raconte avoir tout perdu dans l’incendie. Ce qui le révolte, plus encore que la perte elle-même, c’est la difficulté des secours à atteindre les étages supérieurs des bâtiments.

« Le feu qui s’est déclaré dans ces bâtiments était extrêmement important, et il avait commencé dans les étages supérieurs, où l’eau des camions anti-incendie n’atteignait qu’une petite partie, celle située près de la rue », témoigne-t-il.

L’origine du feu, encore incertaine

Venu constater les dégâts, le vice-président de la République, Prosper Bazombanza, accompagné du général de brigade de police Richard Ndayisaba, à la tête de la Plateforme nationale de prévention des risques et de gestion des catastrophes, ainsi que du gouverneur de Bujumbura, le général-major Aloys Ndayikengurukiye, a évoqué, au conditionnel, la piste d’un fer à repasser à charbon – « Nous suspectons que cela peut être un fer à repasser qui a pu être à l’origine de cet incendie » – sans pour autant écarter, ni confirmer, la possibilité d’un acte criminel. « Je n’ose pas imaginer que ce soit un incendie d’origine criminelle », a-t-il ajouté.

Le vice-président Prosper Bazombanza échange avec les autorités présentes sur les lieux, dont le gouverneur de la province de Bujumbura, le général-major Aloys Ndayikengurukiye.

Face aux sinistrés, le vice-président a cherché les mots justes pour appeler au sursaut : « Ce qui est arrivé est arrivé. Nous allons examiner rapidement ce que nous pouvons faire afin que la vie puisse continuer. »

Il a ussi insisté sur la nécessité de préserver des voies d’accès pour les véhicules de secours dans les espaces commerciaux, et a exhorté commerçants et propriétaires à souscrire des assurances – seul moyen, selon lui, d’être indemnisés en cas de catastrophe. Il s’est aussi adressé aux investisseurs : « Vous qui construisez des marchés comme ceux-ci, vous devez veiller à laisser des voies d’accès aux camions anti-incendie », lance-t-il.

De son côté, le président Évariste Ndayishimiye a annoncé sur X le lancement d’« enquêtes approfondies » pour établir les circonstances exactes du drame.

« Une urgence nationale »

Pour Faustin Ndikumana, président de l’association Parcem, cet épisode dépasse largement le cas de Ndayizamba et du Parisien. Il y voit le symptôme d’un mal plus profond, devenu, selon lui, suffisamment récurrent pour mériter un traitement à la hauteur de l’enjeu.

Faustin Ndikumana, président de l’association Parcem

« Le problème des incendies devrait être déclaré urgence nationale », affirme-t-il, pointant l’insuffisance des équipements dont dispose le pays face à des sinistres de cette ampleur. Il plaide pour l’acquisition de matériel moderne, allant jusqu’à évoquer le recours à des moyens aériens dans les cas les plus critiques.

L’idée n’est pas neuve. En 2013 déjà, lors de la destruction du marché central de Bujumbura, le Burundi avait dû solliciter l’appui de ses voisins : un hélicoptère anti-incendie rwandais était alors venu prêter main-forte aux opérations.

Présent également sur les lieux, Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), n’a pas caché son émotion face à l’ampleur des dégâts.

« Je suis dépassé par ce que mes yeux ont vu. Les richesses du pays sont en train de disparaître d’une manière incompréhensible », a-t-il déclaré, appelant les responsables de la sécurité à se réunir rapidement pour informer la population sur l’origine du sinistre. Il a également demandé la convocation en urgence du Conseil national de sécurité, afin de faire la lumière sur les causes du feu et d’envisager des mesures de protection pour les citoyens.

Une vulnérabilité qui ne date pas d’hier

Le sinistre du 21 août s’inscrit dans une longue série. Treize ans après sa destruction, le 27 janvier 2013, le marché central de Bujumbura demeure la référence obligée dès qu’il est question de prévention et de capacité d’intervention face au feu dans les espaces commerciaux du pays.

Un détail retient particulièrement l’attention : Le Parisien n’en est pas à son premier incendie. En juillet 2022 déjà, un feu s’était déclaré dans la cave de la galerie avant d’être rapidement maîtrisé –  son origine, elle aussi, était restée inconnue.

Le feu est aujourd’hui maîtrisé. Les interrogations, elles, ne le sont pas

Pourquoi les incendies continuent-ils de frapper les marchés et espaces commerciaux du Burundi ? Les normes de prévention sont-elles réellement appliquées ? Les équipements disponibles permettent-ils d’intervenir efficacement dans des bâtiments à plusieurs étages ? Et surtout : les leçons de l’incendie du marché central de Bujumbura, en 2013, ont-elles jamais été traduites en mesures durables ?

Ces questions résonnent d’autant plus fort qu’elles s’inscrivent dans une litanie déjà longue. Le marché de Kamenge a connu plusieurs incendies entre 2012 et 2020. Celui de Ngozi a brûlé à plusieurs reprises entre 2000 et 2021, et de nouveau dans la nuit du 9 juillet dernier, où le sinistre a fait un mort et d’importants dégâts matériels. Le marché des planches de Jabe, en commune Mukaza, a été réduit en cendres dans la nuit du 21 au 22 juin 2026, par des feux d’origine toujours inconnue. Quelques semaines plus tôt, dans la nuit du 29 mai, c’était le marché de Cibitoke qui flambait, suivi en avril par celui de Kinama, au nord de la capitale économique. En janvier 2026, le site commercial de planches situé près du marché dit « chez Sion » avait connu le même sort. À cela s’ajoutent les incendies antérieurs de Kirundo, Rushubi, Bururi, Kayogoro, Mutaho, Nyanza-Lac et Kayanza et ailleurs.

Autant de flammes, autant de fois la même promesse d’enquête. Reste à savoir si celle-ci, cette fois, ira jusqu’au bout.

 

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