L’épineuse question des discours de haine au Burundi : le CENAP au taquet

La Rédactionaoût 28, 20269min740
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Le Centre d’alerte et de prévention des conflits (CENAP) vient de nous administrer un vaccin de rappel sur les limites entre la liberté d’expression et la propagation d’idées fondées sur l’intolérance, susceptibles d’inciter à la haine, notamment sur les réseaux sociaux.

Et, pour que l’on comprenne bien, le CENAP énumère les différents cas : haine ethnique, haine fondée sur la religion, stigmatisation, exclusion… le tout étayé par une étude. Et le centre enfonce le clou avec des exemples.

Le saviez-vous ? Selon les résultats de cette étude réalisée entre mai et septembre 2025, 15 % des commentaires analysés sur Facebook contenaient des propos relevant du discours de haine. L’étude s’est notamment intéressée aux commentaires publiés sous des contenus liés aux médias, aux partis politiques, aux influenceurs et à d’autres personnalités.

Les messages recensés relevaient principalement de la haine et du jugement porté sur autrui. Les influenceurs et les personnalités très suivies sur les réseaux sociaux occupaient une place importante dans ces échanges.

C’est ce 27 août 2026 que cela a été dit. Lors d’un atelier organisé dans le cadre d’un dialogue politique consacré à la lutte contre les discours de haine, sous le thème : « Ensemble contre les messages de haine : un engagement commun pour la paix et la cohésion sociale », des experts ont présenté les principales sources de ces discours, leurs conséquences sur la société ainsi que les moyens de les prévenir et de les combattre.

« Le discours de haine commence souvent par l’exclusion »

Acher Niyonizigiye, spécialiste du leadership, enseignant universitaire et figure connue sur les réseaux sociaux, estime que le discours de haine commence souvent par des mécanismes apparemment ordinaires : attribuer de fausses idées à un groupe, le mépriser, lui retirer sa valeur, l’exclure de la communauté, jusqu’à banaliser l’usage de la violence contre lui.

Et cela, dit-il, n’est pas sans conséquence.

« Les discours de haine détruisent des éléments essentiels à la cohésion d’une société : la confiance, le respect, la reconnaissance de la valeur de l’autre et la capacité à vivre ensemble malgré nos différences », explique-t-il.

Pour lui, laisser ces discours se multiplier constitue une erreur majeure.

« La préservation de la paix et de la cohésion sociale exige, au contraire, une vigilance constante et l’engagement de tous », défend le spécialiste, également engagé dans le domaine religieux.

Des partis politiques aux réseaux sociaux : où germe le discours de haine ?

Tout le monde est concerné. Les discours de haine peuvent être véhiculés par différents acteurs : responsables politiques, dirigeants religieux, médias, influenceurs ou simples citoyens.

C’est Jean-Marie Ndihokubwayo qui le souligne. Lui s’est particulièrement intéressé à leur propagation sur les réseaux sociaux. Il s’appuie notamment sur une étude menée par le CENAP pendant la période électorale de 2025 au Burundi.

Les contenus suscitant le plus de propos haineux concernaient notamment la sécurité, l’économie et les questions politiques régionales, en particulier les relations entre le Burundi et le Rwanda.

L’étude recommande notamment de renforcer la veille sur les réseaux sociaux, de sensibiliser les utilisateurs à un usage responsable des médias et de mieux surveiller les espaces de commentaires.

Les réseaux sociaux, nouvel accélérateur

Pour Libérate Nakimana, à la tête du CENAP, le phénomène des discours de haine n’est pas une maladie sociale nouvelle. Ce qui change aujourd’hui, c’est la vitesse à laquelle ces discours peuvent circuler grâce aux réseaux sociaux et aux messages diffusés sur les téléphones portables.

Les périodes électorales sont particulièrement propices à la propagation de rumeurs et de messages destinés à susciter la peur, analyse-t-elle. Elles devraient pourtant constituer des moments de dialogue, de rapprochement et de recherche d’un intérêt commun.

D’où toute l’importance de ces échanges.

« L’objectif de ces assises est de créer un espace de dialogue et de partage des connaissances entre les différents groupes, sans oublier les journalistes, qui jouent un rôle essentiel dans la diffusion d’informations fiables et dans la représentation des différentes opinions », a-t-elle déclaré.

L’exclusion et le repli identitaire

Plusieurs personnalités du monde politique et de la société civile, ainsi que des responsables religieux, se sont exprimées. Toutes semblent s’accorder sur un point : la lutte contre les discours de haine concerne tout le monde, gouvernement en tête.

Retenons notamment le message de Léonce Ngendakumana, l’un des dirigeants du parti du Coq, le Frodebu, et ancien président de l’Assemblée nationale du Burundi.

Il considère que « l’exclusion et l’égoïsme comptent parmi les premiers facteurs qui alimentent les discours de haine ». Le repli autour du « moi », du « mon parti » ou de « mon ethnie » contribue, selon lui, à créer des divisions aux conséquences importantes. Il ne faut pas être nombriliste…entend-il souligner.

Il fait remarquer que ces discours ne sont pas seulement présents sur Internet. Ils circulent également dans les familles, les bars, les groupes de discussion, les cercles d’appartenance politique ou religieux.

Et il insiste sur un autre facteur : la méconnaissance de l’histoire du Burundi. Il appelle notamment à renforcer les recherches menées par des historiens burundais sur l’histoire du pays.

Léonce Ngendakumana plaide enfin pour que les Burundais apprennent à vivre avec leurs différences et combattent ensemble les discours de haine, sans se laisser enfermer dans des clivages ethniques ou politiques.

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