À Gitega, le pavé à l’épreuve du portefeuille des habitants

La Rédactionoctobre 15, 202610min220
Gitega Burundi
19:32:06jeudi 15 octobre 2026Bujumbura · GMT+2

Rango, Shatanya et Musinzira ont été choisis pour servir de modèles d’aménagement urbain aux autres quartiers de Gitega. À travers ces trois quartiers, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique d’urbanisation. Mais entre les contributions financières demandées aux propriétaires et les interrogations sur d’anciens paiements, le projet soulève une question centrale : qui doit payer pour transformer les villes ?

À Gitega, la modernisation des rues ne se jouera pas uniquement sur les chantiers. Elle se mesurera aussi à l’effort financier demandé aux propriétaires. Si les autorités veulent améliorer le cadre de vie urbain, elles comptent sur la contribution des habitants, au risque de voir les ambitions d’aménagement se heurter aux capacités financières des ménages.

Cette démarche s’inscrit dans une politique plus large de transformation urbaine. Le 24 septembre, le Premier ministre, Nestor Ntahontuye, avait appelé les citoyens à participer à l’amélioration de leur cadre de vie. Le gouvernement a, de son côté, annoncé une enveloppe de 10 milliards de francs burundais pour financer les travaux les plus lourds, notamment la construction de caniveaux et certaines infrastructures de voirie.

Le dispositif repose sur un partage des responsabilités : les habitants sont appelés à contribuer à l’aménagement de leur environnement, tandis que l’État prend en charge les travaux nécessitant des moyens plus importants. Pour le pavage des espaces longeant les routes concernées, la contribution demandée aux propriétaires est fixée à 61 773 francs burundais par mètre carré. Le montant à payer dépendra de la superficie retenue devant chaque parcelle.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une réforme plus large de l’aménagement urbain, encadrée par le décret présidentiel n° 100/126 du 18 septembre 2026 relatif à la viabilisation et à la restructuration des quartiers spontanés, c’est-à-dire des espaces urbanisés sans respect suffisant des plans d’aménagement.

Trois quartiers pour montrer la voie

C’est dans cette perspective que Rango, Shatanya et Musinzira ont été retenus comme quartiers pilotes. Le 13 octobre, le gouverneur de la province de Gitega, Liboire Bigirimana, y a réuni les propriétaires de parcelles et de maisons afin de leur présenter les modalités du programme, qui prévoit notamment la construction de routes pavées.

Le choix de ces trois quartiers doit permettre de mettre en œuvre des travaux susceptibles de servir de référence à d’autres secteurs de la capitale politique du Burundi. L’ambition est de corriger les insuffisances de l’urbanisation, de mieux organiser l’espace et de doter les quartiers concernés d’infrastructures adaptées aux besoins des habitants.

Mais le passage du projet à sa réalisation pose rapidement la question de son financement. Car derrière les promesses de rues aménagées et de quartiers mieux structurés se profile une interrogation très concrète : combien chaque propriétaire devra-t-il débourser ?

Trois mois pour contribuer

Les propriétaires concernés disposent jusqu’au 13 janvier 2027 pour verser leur contribution aux travaux de réhabilitation des routes. Selon les explications du gouverneur, le montant demandé à chacun sera calculé en fonction de la superficie de sa parcelle, après mesurage par les techniciens de l’Office burundais de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction (OBUHA).

Le calendrier est fixé, mais l’effort financier attendu mérite attention. Le barème annoncé le 29 septembre par le ministre chargé des Infrastructures, Egide Nijimbere, prévoit une contribution de 61 773 francs burundais par mètre carré pour le pavage des espaces longeant les routes concernées.

Le calcul présenté par les autorités permet d’en mesurer la portée. Pour une parcelle disposant de dix mètres de façade sur une route à aménager, la contribution porte sur une bande de trois mètres de largeur, soit 30 mètres carrés. La facture atteint ainsi 1 853 190 francs burundais. Le propriétaire situé de l’autre côté de la route est soumis au même principe de calcul.

Une somme qui peut représenter un effort important pour de nombreux ménages. Les modalités précises de calcul applicables dans les trois quartiers doivent toutefois être établies par les techniciens compétents.

L’État prévoit, de son côté, de participer aux travaux, notamment à la construction des caniveaux et à d’autres infrastructures nécessitant des moyens techniques importants. Les chantiers doivent être engagés progressivement, au fur et à mesure de la disponibilité des fonds. La question n’est donc pas seulement de réunir les contributions, mais aussi de garantir que les sommes mobilisées se traduisent effectivement par des travaux.

Des paiements anciens qui refont surface

La réunion du 13 octobre a également fait ressurgir une question délicate : que deviennent les sommes déjà versées pour des projets de pavage qui n’ont jamais été réalisés ?

À Rango et à Shatanya, certains habitants ont affirmé avoir déjà payé pour des travaux antérieurs restés sans suite. Avant de solliciter de nouvelles contributions, ils souhaitent donc que les versements précédents soient pris en compte.

Liboire Bigirimana leur a assuré que les sommes déjà payées seraient déduites des nouveaux montants réclamés. Pour les propriétaires qui ne disposent que de reçus, sans historique détaillé des opérations, le gouverneur a conseillé de se rapprocher des banques concernées afin de faire vérifier les paiements.

Cette question dépasse la simple comptabilité. Elle touche à la confiance entre les habitants et les autorités, dans un contexte où de nouvelles contributions sont demandées pour financer des infrastructures dont certains riverains disent avoir déjà payé une partie du coût. La réussite du programme dépendra donc aussi de la capacité à établir clairement les montants versés, les sommes restant dues et les travaux effectivement réalisés.

Les échanges ont également porté sur la répartition de l’effort financier. Certains habitants ont proposé que les propriétaires dont les maisons ne bordent pas directement les routes concernées participent eux aussi au financement, au motif que les infrastructures profiteront à l’ensemble du quartier.

Le gouverneur a rappelé que le dispositif vise prioritairement les propriétaires riverains. D’autres habitants pourront être sollicités par les autorités administratives, sans que leur contribution soit systématiquement obligatoire.

La gestion des fonds, autre enjeu du projet

Au-delà du montant des contributions, les modalités de gestion de l’argent constituent un autre point d’attention. Les habitants devront choisir une banque ou une institution d’épargne pour y déposer les fonds et désigner des représentants chargés de suivre leur utilisation.

Le principe consiste à associer les bénéficiaires au contrôle des ressources mobilisées. Les chantiers ne doivent commencer progressivement que lorsque les moyens nécessaires sont réunis. Ce mécanisme devra permettre aux habitants de suivre l’évolution des contributions et de vérifier leur affectation.

Le gouverneur a par ailleurs averti que les propriétaires qui ne se seront pas acquittés de leurs contributions avant le 13 janvier 2027 s’exposeront aux sanctions prévues par l’article 48 du décret présidentiel du 18 septembre 2026.

L’application de cette mesure dépendra aussi de la clarté des règles et de la transparence dans la gestion des fonds. Pour les habitants, l’enjeu sera de pouvoir constater que les sommes versées produisent des résultats visibles, dans des délais raisonnables.

 

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