Fête du patriotisme : que vaut la celebration lorsqu’on néglige jusqu’au salut du drapeau ?

Alain Colin Izerejuin 8, 20264min280
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Au Burundi, le 8 juin est consacré au patriotisme, à l’amour de la patrie. Une journée chômée et payée. Un congé. Et Dieu seul sait combien les Burundais en raffolent. Pourtant, cette célébration intervient quelques jours seulement après la sonnette d’alarme tirée par le ministre de l’Éducation nationale, qui a dû rappeler aux établissements scolaires l’obligation du salut au drapeau.

Le simple fait qu’il faille rappeler une pratique autrefois considérée comme naturelle interroge. Comment en est-on arrivé là ? Depuis quand faut-il une circulaire ou une injonction ministérielle pour accomplir un geste qui faisait autrefois partie du quotidien scolaire ?

Le salut du drapeau a bercé toute notre scolarité. Pour beaucoup d’entre nous, les premiers pas dans l’écriture passaient par la transcription du célèbre « Burundi Bwacu ». Trop jeunes pour saisir toute la portée des mots, nous répétions inlassablement ses paroles jusqu’à en maîtriser la prononciation. J’oublierai jamais les éternels répétitions pour réussir à bien prononcer “Sagwa neza” et non “Sangwa n’urweze”.

Aujourd’hui, je me suis replongé dans ces souvenirs où être désigné pour hisser le drapeau était un immense honneur. Quelle euphorie ! Quelle fierté ! C’était comme marcher dans les pas de Rwagasore, avec le sentiment de participer, à notre échelle, à l’histoire du Burundi. Comme si l’on vient de déclarer l’indépendance du Burundi pour la deuxième fois mais cette fois ci en mode héros. Un moment exaltant et vertigineux qui demeure l’un des plus solennels de la vie scolaire.

Mais une question persiste : quand, et surtout par quelle loi, ce rituel a-t-il été abandonné au point de nécessiter un rappel ministériel ? Une chose est certaine la sonnette d’alarme lancée par le ministre de l’éducation révèle une défaillance dans l’engagement des acteurs concernés.

Un symbole qui exige rigueur et loyauté

Hisser le drapeau ne se résume pas à un simple geste. Ce symbole exige rigueur, respect et loyauté. On s’arrête, on observe le silence, on veille à ce qu’il ne soit jamais hissé à l’envers. Car à travers lui, c’est la nation tout entière qui est honorée.

Ce respect est dû par les enfants comme par les adultes. Le salut au drapeau est l’un de ces rares moments où les générations se retrouvent autour d’un même symbole, pour rendre hommage à la patrie et rappeler ce qui les unit au-delà de leurs différences.

C’est pourquoi il est difficile de proclamer à tout bout de champ son patriotisme lorsque l’on néglige un acte aussi élémentaire que le salut au drapeau. L’amour de la patrie ne se mesure pas à la force des discours, mais à la fidélité aux gestes qui donnent un sens à ces discours.

Le patriotisme ne se limite pas à une journée commémorative inscrite au calendrier. Il se vit au quotidien. Il se traduit par le respect des symboles nationaux, le souci du bien commun, le sens du devoir et l’attachement concret au pays.

C’est à cette condition que le 8 juin retrouvera toute sa portée. Car lorsqu’il faut rappeler par décret, ordonnance ou circulaire l’importance d’un geste aussi fondamental que le salut au drapeau, c’est que le patriotisme a cessé d’être une évidence. Et lorsqu’une valeur n’est plus une évidence, la célébrer ne suffit plus : il faut la réapprendre, la transmettre et la faire vivre.

 

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