Enseignement fondamental: Certaines contributions interrogent le principe de gratuité

Juste Nobel Nkunzimanaseptembre 2, 20267min660
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La gratuité de l’enseignement fondamental est garantie par la législation burundaise. Pourtant, dans plusieurs écoles, des contributions financières continuent d’être demandées aux parents pour répondre à certains besoins de fonctionnement ou financer des infrastructures. Entre les ressources limitées des établissements et la nécessité de préserver l’accès gratuit à l’enseignement, le débat reste ouvert.

La gratuité de l’enseignement public au Burundi est un programme lancé par le Président défunt Pierre Nkurunziza dès son arrivée au pouvoir en 2005, au même titre que la gratuité des soins de santé pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans.

Toutefois, sur le terrain, la situation apparaît plus complexe. Dans plusieurs écoles fondamentales, les parents sont sollicités pour contribuer au financement de certains besoins de l’établissement. Ces contributions ne sont pas nécessairement présentées comme des frais de scolarité, mais elles peuvent représenter une charge supplémentaire pour des ménages dont les revenus restent limités.

La question est dès lors de savoir comment concilier les besoins réels des établissements avec le principe légal de la gratuité : jusqu’où les parents peuvent-ils être appelés à contribuer et quelles dépenses relèvent de la responsabilité de l’État ?

Des contributions en réponse aux besoins des écoles

Dans certaines écoles fondamentales dans la zone de Kinama, les parents sont régulièrement sollicités pour apporter leur contribution au fonctionnement des établissements. Selon eux, ces rencontres visent notamment à appuyer les directeurs dans la gestion de l’école et à répondre à certains besoins auxquels les moyens disponibles ne permettent pas toujours de faire face.

Cependant, ces contributions ne sont pas toujours faciles à supporter pour certaines familles modestes. Les montants demandés peuvent constituer une charge supplémentaire, particulièrement lorsque plusieurs enfants d’une même famille sont scolarisés.

Ir. Jean Ndayishimiye, directeur de l’École fondamentale de Kinama II, affirme qu’une petite somme d’argent est collectée au sein de l’établissement, mais qu’il ne s’agit pas de frais de scolarité. « En effet, conformément à la loi, l’enseignement est gratuit pour les enfants, de la première à la neuvième année », a-t-il dit

Il explique toutefois qu’aucun texte de loi ne prévoit cela mais que lorsque la direction de l’école constate qu’il est nécessaire de réaliser certains travaux ou de répondre à des besoins dans l’intérêt de l’établissement et des élèves, elle en discute d’abord avec le comité de gestion de l’école, puis convoque une réunion avec l’ensemble des parents.

Jean Ndayishimiye précise que les contributions demandées ne dépassent généralement pas 5 000 francs burundais. Cette somme servent notamment à rémunérer les vacataires. À d’autres occasions, les parents sont sollicités pour financer la vidange des toilettes, en raison de la manière dont celles-ci ont été construites.

Pour les responsables d’école, ces exemples illustrent les difficultés auxquelles certains établissements sont confrontés lorsqu’ils doivent répondre à des besoins matériels avec des ressources jugées insuffisantes.

Les besoins des écoles, une responsabilité de l’État

Si les contributions peuvent permettre de financer des besoins concrets, leur caractère régulier et leur poids sur les ménages soulèvent des interrogations sur la portée réelle de la gratuité.

Pour Me Jean Samandari, président de l’organisation Bafashebige, qui milite pour la scolarisation de tous les enfants, ces contributions peuvent avoir des conséquences sur l’accès et le maintien des élèves à l’école. Selon lui, certains enfants pourraient être exposés au risque d’abandon lorsque leurs parents ne sont plus en mesure de répondre aux sollicitations financières de l’établissement.

Il souligne que les capacités financières des familles sont très différentes et que les difficultés de financement des écoles ne devraient pas être transférées aux parents sans un cadre clairement défini. « Les insuffisances en matériel et en ressources dans les écoles ne devraient pas être considérées comme un problème à la charge des enfants. Elles relèvent plutôt des moyens que l’État met à la disposition des établissements », soutient-il.

Me Jean Samandari appelle ainsi le gouvernement à rappeler aux responsables scolaires les dispositions relatives à la gratuité de l’enseignement. Il estime également que lorsque certaines contributions sont autorisées, leur collecte et leur utilisation devraient être clairement encadrées et soumises à un contrôle rigoureux.e

Une réglementation appelée à évoluer

La question des contributions intervient alors que le gouvernement souhaite revoir le cadre réglementaire qui régit les frais liés à la scolarisation. Dans le compte rendu du Conseil des ministres du 12 août 2026, le gouvernement a indiqué que le décret du 10 septembre 2013 encadrant l’enseignement fondamental et secondaire et fixant les différents frais applicables était devenu obsolète.

Parmi les raisons avancées figurent notamment le niveau jugé trop faible de certains montants prévus par le texte ainsi que des pratiques jugées désordonnées dans certains établissements privés, notamment en matière d’augmentation des frais exigés aux parents.

La nouvelle réglementation annoncée devra donc clarifier les responsabilités de chacun : ce qui relève de l’État et ce qui peut éventuellement être pris en charge par les établissements.  Sinon, la gratuité scolaire ne pourra être pleinement effective que si les besoins des écoles sont pris en charge sans que les difficultés de financement ne deviennent un obstacle à la scolarisation.

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