El Niño aux portes du Burundi : entre alertes, promesses et urgences d’agir

Alain Colin Izereoctobre 14, 20269min560
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22:16:58mercredi 14 octobre 2026Bujumbura · GMT+2

L’une des informations qui font couler beaucoup d’encre dans les pays de la sous-région est le phénomène El Niño qui, selon les experts, pourrait entraîner de fortes précipitations en raison de l’important réchauffement observé dans l’océan Pacifique. Ça, je n’en reviens pas. Des spécialistes de la météorologie sauraient sans doute mieux que moi en démêler les subtilités, et mes modestes connaissances risqueraient de se dissiper comme poussière au vent.

Le 27 août, l’Institut géographique du Burundi (IGEBU), chargé des prévisions météorologiques, a annoncé qu’à partir de la fin du mois d’octobre de cette année, le pays connaîtrait d’importantes pluies, qui pourraient être comparables à celles enregistrées en 2023.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), une agence des Nations unies chargée de lutter contre la faim, a, pour sa part, indiqué, le 27 septembre, que plus d’un million de personnes au Burundi pourraient être durement affectées par les fortes précipitations attendues à partir de la fin du mois d’octobre.

À Gatumba, la peur d’un nouveau désastre

À Gatumba, l’une des zones qui subissent déjà depuis quelque temps les conséquences de la montée des eaux, l’inquiétude est palpable. Les habitants interrogés par Iris News disent craindre le pire, redoutant notamment que leurs quelques biens encore épargnés ne soient, à leur tour, emportés par les eaux.

« Nous espérons que Dieu viendra à notre secours, car jusqu’à présent, nous ne voyons rien que le gouvernement soit en train de faire », témoigne Ngenzirabona Aloys, qui vit sous une tente aux côtés de nombreuses autres familles déjà victimes des inondations, au micro d’Iris News.

Dans cette zone située à la frontière entre le Burundi et la République démocratique du Congo, nous avons également constaté d’importantes quantités de terre et de matériaux déversées le long des rives de la Rusizi, sous forme de digues. Ces ouvrages sont censés empêcher les eaux de gagner les habitations.

Élie Karikurubu, responsable du petit débarcadère de pêche appelé Kiziba, nous a expliqué que « si ces digues étaient renforcées et multipliées, elles pourraient contribuer de manière significative à protéger plusieurs maisons situées à proximité de la rivière Rusizi et du lac Tanganyika ».

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Albert Mbonerane tire la sonnette d’alarme sur la vulnérabilité des habitants de Bujumbura. L’environnementaliste et président de l’Association pour la conservation de l’environnement évoque le non-respect des mesures de protection des cours d’eau, qui pourrait exposer les populations et leurs biens à de graves dangers en cas de fortes précipitations liées à des phénomènes climatiques tels qu’El Niño.

« Toutes les rivières qui traversent Bujumbura, en provenance des montagnes qui surplombent la ville, devraient être protégées afin d’éviter qu’elles n’emportent des vies humaines et des biens matériels », avertit Albert Mbonerane. Il souligne qu’à ce jour, les moyens permettant de maîtriser efficacement les eaux restent insuffisants.

L’expert déplore également l’effondrement progressif des berges et l’occupation anarchique des zones riveraines, qui exposent en premier lieu les personnes ayant construit à proximité des cours d’eau. Il rappelle que la législation burundaise, notamment une loi signée en 2012, prévoit une zone de protection de 25 mètres de chaque côté des rivières traversant la ville.

La rivière Mugere, un autre point de fragilité

La rivière Mugere illustre, selon lui, cette situation préoccupante. L’extraction de matériaux de construction, notamment de sable et de pierres, contribue à fragiliser davantage son lit et ses berges, augmentant ainsi les risques en cas de fortes pluies.

Face à cette menace, Albert Mbonerane plaide pour une collaboration étroite entre les experts de l’Institut géographique du Burundi (IGEBU) et ceux de l’environnement. L’objectif est d’anticiper les risques liés à El Niño, d’alerter les autorités à temps et de mettre en place des mesures préventives concertées.

Vingt milliards annoncés, mais quelles actions concrètes ?

Lors de la conférence de presse des porte-parole des institutions publiques tenue le 30 septembre à Ngozi, Jérôme Niyonzima, secrétaire et porte-parole du gouvernement, a affirmé que l’État avait débloqué une enveloppe d’environ 20 milliards de francs burundais pour faire face à cette catastrophe. Il a également annoncé la prochaine mise en place d’un comité interministériel consacré à la question.

Une démarche également évoquée le 8 octobre par Richard Nzambimana, de la Protection civile, lors d’une réunion conjointe entre le gouvernement du Burundi et le système des Nations unies au Burundi, consacrée à la prévention des risques liés aux crises humanitaires auxquelles le pays fait face.

« Un comité interministériel qui établira un plan opérationnel El Niño 2026-2027 se réunira à Ngozi entre le 12 et le 15 octobre 2026 », a déclaré le colonel de police.

Selon Jérôme Niyonzima, sur la base des données fournies par l’IGEBU, le gouvernement doit établir une cartographie des zones susceptibles d’être fortement touchées, afin de permettre, lorsque cela sera nécessaire, le déplacement des populations vers des endroits moins exposés.

Il a également évoqué la nécessité de sensibiliser la population et de procéder au curage des caniveaux, une opération qui, selon lui, aurait déjà commencé.

L’urgence ne peut attendre

Mais concrètement, qu’est-ce qui est prévu ?

Tout cela ressemble-t-il à des projets pour demain ? À des plans à long terme, comme la Vision 2040-2060 ou la construction du marché central de Bujumbura ?

Les autorités mesurent-elles réellement l’urgence de la situation ? Comprennent-elles qu’il ne suffit pas d’annoncer la création prochaine d’un comité chargé d’étudier le problème alors que des vies humaines sont déjà en danger ?

Les pluies sont à nos portes. Il est temps d’agir. Faites quelque chose, et faites-le maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

Parce que cette fois, il ne s’agit plus simplement de prévisions météorologiques ou de réunions administratives. Il s’agit de vies humaines.

 

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