Burundi : un nouveau décret pour réduire les écarts de rémunération entre agents publics exerçant des fonctions comparables

Le président burundais Évariste Ndayishimiye a signé le décret n° 100/154 du 15 octobre 2026 portant alignement des institutions à statuts spéciaux sur la politique salariale équitable. Publié sur le site de la présidence le 19 octobre, le texte prolonge une réforme engagée en 2023, avec un objectif : réduire les écarts de rémunération entre agents publics exerçant des fonctions comparables.
Le chantier salarial du secteur public burundais franchit une nouvelle étape. Avec ce décret, les institutions à statuts spéciaux sont appelées à s’aligner sur le système de rémunération équitable déjà appliqué dans une partie de l’administration publique.
Le texte prévoit une rémunération structurée autour de plusieurs composantes : une part indiciaire, une part liée à l’emploi, une part liée à la performance et des allocations familiales. L’objectif est de mieux tenir compte des qualifications, des responsabilités et des résultats attendus des agents.
Les primes, indemnités et autres avantages accessoires doivent également être réexaminés pour les rendre conformes aux nouvelles dispositions. Le dispositif concerne aussi, selon le texte présenté, le personnel civil des forces de défense nationale et de police.
Le décret est consultable sur le site officiel de la présidence du Burundi.
Une réforme engagée depuis 2023
Cette décision ne constitue pas un changement isolé. Le Gouvernement du Burundi a entrepris depuis plusieurs années de réorganiser les rémunérations dans la fonction publique, sur la base d’une classification des emplois et d’un système d’évaluation des performances.
La politique salariale équitable est entrée en application en juillet 2023. Elle vise à rapprocher les rémunérations des agents dont les qualifications, les responsabilités et les résultats sont comparables, même lorsque leurs métiers diffèrent.
Mais la réforme a également suscité des réclamations. En septembre 2024, le ministère chargé de la Fonction publique a organisé une évaluation de sa mise en œuvre afin d’examiner les difficultés signalées par certains agents et d’actualiser la classification des emplois-types.
En novembre de la même année, le Conseil des ministres a notamment relevé des irrégularités dans l’application du système et la nécessité de corriger certains écarts de rémunération, notamment dans l’enseignement.
Ces précédents éclairent la portée du nouveau décret : au-delà de l’harmonisation des grilles salariales, il s’agit aussi de corriger les disparités apparues lors de la mise en œuvre de la réforme.

Le pouvoir d’achat en toile de fond
L’enjeu dépasse la seule organisation administrative. Dans un pays confronté à une inflation encore élevée, la rémunération des agents publics est aussi une question de pouvoir d’achat.
Dans son évaluation économique publiée en mai 2026, le Fonds monétaire international relevait une baisse de l’inflation annuelle, passée d’environ 45,5 % en avril 2025 à 10,8 % en mars 2026. L’institution anticipait néanmoins une inflation moyenne de 14,5 % pour l’ensemble de 2026.
Cette évolution rappelle qu’une harmonisation des salaires ne garantit pas, à elle seule, une amélioration durable du niveau de vie. Tout dépendra des ajustements effectivement accordés, de leur calendrier et de l’évolution des prix.
Lire l’évaluation du FMI sur l’économie burundaise.
L’équité salariale à l’épreuve du budget
L’autre défi est financier. Dans son analyse de la conjoncture burundaise, le FMI insiste sur la nécessité de poursuivre l’assainissement des finances publiques, d’améliorer l’efficacité des dépenses et de préserver les services essentiels.
Le nouveau décret pose donc une question centrale : comment corriger les écarts de rémunération sans fragiliser davantage l’équilibre budgétaire ?
Le texte fixe un cadre d’alignement, mais les informations disponibles ne permettent pas, à elles seules, de chiffrer son coût global ni de déterminer précisément combien d’agents bénéficieront d’une revalorisation. Ces éléments seront essentiels pour apprécier ses effets réels.
La réussite de cette réforme se mesurera ainsi moins à l’adoption du décret qu’à son application : des rémunérations effectivement harmonisées, des critères compréhensibles, une évaluation transparente des performances et des moyens budgétaires compatibles avec les engagements de l’État.
Pour le gouvernement burundais, le défi est désormais de traduire le principe d’équité en changements perceptibles pour les agents publics, sans perdre de vue la soutenabilité des finances publiques.


