Burundi : le poids invisible de la charge mentale des femmes

Nadine Nishemezweaoût 29, 20264min220
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Tenir la maison dans tous ses moindres détails jusqu’au sel dans la cuisine, gagner sa vie, élever les enfants, tisser le lien social…si le foyer était un pays, la femme en serait la super-ministre. On l’admire. Mais le Burundi Gender Expert Network (B-GEN) le rappelle : cette charge a un poids, et ce poids se paie en santé mentale.

Le 20 août 2026, à l’hôtel Marta de Bujumbura, une cinquantaine de femmes leaders — professeures d’université, cadres du public et du privé, entrepreneures, représentantes d’ONG locales et internationales, femmes engagées en politique — se sont retrouvées pour un atelier consacré à cette charge mentale, organisé par B-GEN, qui réunit des expertes en genre, lauréates du programme Genre et Développement de l’Institut des Hautes Études Internationales et du Développement de Genève, en partenariat avec Alfajiri WHet, entreprise sociale dédiée à la promotion de la transformation des normes sociales de genre.

Une charge qui ne dit pas son nom

« Les femmes assument quotidiennement de nombreuses responsabilités, qui peuvent avoir des répercussions sur leur santé mentale », pose Fidélité Ishatse, présidente de B-GEN. « Dans la société burundaise, une femme peut être à la fois responsable de sa famille, de l’éducation des enfants, de la gestion du ménage, tout en exerçant des responsabilités professionnelles ou communautaires. »

C’est là, précise-t-elle, que le bât blesse : « Cette accumulation de rôles entraîne ce que les spécialistes décrivent comme une importante charge mentale, liée notamment à la planification, à l’organisation, à l’anticipation et à la coordination de nombreuses tâches. »

« Sollicitée par sa famille, son travail et la société »

Psychologue clinicienne et experte en prévention du burn-out, Célestine Nahishakiye est catégorique : « Si la femme ne trouve pas le temps de faire des activités qui lui permettent de retrouver de l’énergie, elle ne peut pas véritablement progresser. »

Elle rappelle que la charge mentale ne commence pas au moment où la tâche s’exécute — elle commence avant, dans la préparation, la planification, l’anticipation. Une fatigue qui, souligne-t-elle, finit par entamer la productivité elle-même : « Même lorsqu’on est présent au travail, on peut ne pas avoir le rendement attendu lorsqu’on est mentalement épuisé. »

Le repos et le bien-être, insiste-t-elle, ne sont pas un luxe mais une nécessité. Parmi les leviers évoqués pour « recharger la batterie » : le sport, la prière, le repos, les moments de détente — et plus largement, l’habitude de prendre soin de soi, pour maintenir un niveau d’énergie suffisant sans basculer dans l’épuisement professionnel.

Les échanges ont aussi porté sur les premiers signaux d’alerte du burn-out : fatigue persistante, difficulté à se concentrer, incapacité à savoir par où commencer une tâche ou à établir des priorités.

Reste, pour la plupart des participantes, le nœud du problème : apprendre à hiérarchiser plutôt que vouloir tout mener de front. Savoir déléguer. « La gestion de la charge mentale passe par la capacité à distinguer ce qui est urgent de ce qui peut attendre, à accepter certaines limites et à préserver des moments pour soi », a-t-il été rappelé lors des échanges.

Pour B-GEN, aider les femmes leaders à mieux porter cette charge n’est pas seulement un investissement dans leur bien-être : c’est aussi un pari sur leur capacité à faire avancer leurs familles, leurs organisations et la société tout entière.

 

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