

Dans l’après-midi du 31 mars 2026, Bujumbura vivait une journée presque ordinaire. Le Burundi venait de s’offrir une victoire éclatante face au Tchad — 4 buts à 0 — et la liesse régnait encore dans les rues. Le président Ndayishimiye, rentré dans l’après-midi de Bangui où il avait assisté à l’investiture du président Touadéra, était de retour au pays. La ville s’apprêtait à clore sa journée : fonctionnaires rentrant chez eux, commerçants rangeant leurs étals, passants vaquant à leurs occupations habituelles.
C’est dans ce calme relatif que tout a basculé.
Vers 18h20, une première explosion retentit. Les gens sortent, regardent, s’interrogent. Les groupes WhatsApp s’affolent : qu’est-ce que c’est ? Deux minutes plus tard, une deuxième détonation. Puis une troisième. Et très vite, une salve continue, assourdissante, impossible à ignorer. Dans un pays qui a traversé des décennies de crise et connu plusieurs tentatives de coup d’État — dont la dernière, avortée, remonte à 2015 — le réflexe est immédiat : où est le président ? Que se passe-t-il vraiment ?
Dans les quartiers de Musaga, Kanyosha et Kinanira, les habitants n’ont pas seulement entendu le fracas. Ils en ont subi les conséquences directes : des vitres soufflées, des toitures arrachées, des murs fissurés, des maisons entièrement détruites. Saisis de panique, nombreux sont ceux qui ont abandonné leurs domiciles pour chercher refuge ailleurs.
À partir de 19h, le centre-ville bascule dans un désordre généralisé. Adultes et enfants fuient sans direction précise. Des véhicules filent à toute allure, certains klaxonnant frénétiquement pour se frayer un passage, d’autres abandonnés en pleine chaussée. Pendant de longues minutes, la confusion règne en maître : personne ne sait ce qui se passe, ni ce qui va suivre.
C’est dans ce climat d’incertitude que le porte-parole de l’armée burundaise, le Général de Brigade Gaspard Baratuza, a pris la parole via son compte X. Il a indiqué qu’un incendie s’était déclaré dans un dépôt de munitions au camp connu sous le nom de « Base », où est cantonnée la Brigade Logistique de l’Armée du Burundi, et a appelé la population au calme. Ce message, rapidement relayé sur les réseaux sociaux, a contribué à apaiser une partie des habitants — du moins ceux connectés aux plateformes numériques. Il a été repris plus tard dans le journal du soir de la Radio Télévision Nationale du Burundi, la RTNB, qui n’a pas cessé d’émettre tout au long de la nuit.
Vers 1h du matin, le chef de l’État a adressé un message de solidarité aux victimes, publié sur le compte X de la présidence de la République.
C’est dans l’après-midi de ce mercredi 1er avril, vers 16h, que l’armée a tenu une conférence de presse pour livrer un premier bilan officiel : 13 civils tués et 57 blessés, dont 3 militaires. Des chiffres lourds — et vraisemblablement provisoires. Au moment de leur annonce, plusieurs zones de la ville n’avaient pas encore fait l’objet d’une évaluation complète. Parmi elles, la prison centrale de Mpimba, touchée par les déflagrations alors qu’elle se trouve à quelques mètres seulement du point de départ des explosions. L’étendue exacte des destructions matérielles demeure, à ce stade, indéterminée.
Ce mercredi, Bujumbura a repris lentement son souffle, encore sous le choc. Les activités ont redémarré, les transports en commun ont circulé à nouveau. Mais sous cette apparente normalité, le traumatisme reste palpable. Hier a été l’un de ces jours que l’on n’oublie pas — de ceux que beaucoup de Burundais n’avaient jamais vécus, même dans un pays si souvent meurtri.
Nkunzimana Juste Nobel, stagiaire