

Ces dernières années, plus d’un n’hésite pas à qualifier la presse burundaise d’inexistante. Pour eux, inutile même de parler de « presse libre » ou « indépendante » : la presse, en général, serait quasi morte. Le constat est discutable, mais il n’est pas sans fondement. Avec le temps, youtubeurs, influenceurs et réseaux sociaux s’emmêlent et les repères se brouillent. Si l’absence de l’OPB y est pour quelque chose, sa renaissance, elle, semble imminente.
L’Observatoire de la presse du Burundi (OPB) se veut être une institution clé pour le secteur médiatique burundais. Pour beaucoup, le souvenir est encore vif. L’OPB existait depuis 2014 avant de disparaître brutalement à la suite de la crise politique de 2015. Depuis, le secteur médiatique évolue sans ce mécanisme d’autorégulation entre pairs.
Dans la matinée du 28 mars 2026 à Bujumbura, responsables des médias publics et privés, régulateurs et partenaires étaient réunis autour d’un objectif commun : poser les bases d’une feuille de route pour redonner vie à l’Observatoire de la presse du Burundi.
« L’OPB, c’est ce tribunal des pairs qu’il faut à toute presse professionnelle », lance d’emblée Mireille Kanyange, présidente de la Maison de la presse, l’organe leader du projet. Le ton est ainsi donné. L’OPB doit redevenir un espace où les professionnels s’évaluent eux-mêmes, dans un esprit d’éthique et de responsabilité, soulignent plusieurs intervenants.
Pour Chanel Nsabimbona, secrétaire exécutif du CNC, l’intérêt de redynamiser l’OPB est évident. « Avec l’OPB, les tâches deviennent moins lourdes pour le CNC », souligne-t-il. Une manière de rappeler que l’autorégulation peut compléter efficacement la régulation.
Le professionnalisme comme fondement
L’ancien président Sylvestre Ntibantunganya, invité pour modérer la séance, insiste, lui, sur l’essentiel. « Il vous faut un OPB digne de son nom. Mais, tenez-vous bien, tout se fonde sur le professionnalisme », affirme-t-il.
Dans son intervention, il élargit le débat. La presse, dit-il, n’est pas un acteur comme les autres. Elle est un pilier stratégique. « Un quatrième pouvoir… voire plus, quand il s’exerce comme il se doit », glisse-t-il.
Pour réussir les ambitions nationales à l’horizon 2040-2060, une presse crédible est indispensable, insiste cet homme politique qui a, lui aussi, exercé le métier de journaliste. Pour lui, il faut informer avec rigueur, sans confusion, et alors, restaurer la confiance.
Informer correctement. Vérifier les faits. Distinguer la communication de l’information. Garantir l’indépendance et l’intégrité… Autant de principes rappelés par ce vétéran des médias et de la politique.
Une feuille de route déjà en marche
Un comité de pilotage en place depuis août 2023 a déjà esquissé les contours du nouvel OPB. Lors de cette session, les discussions se sont structurées autour de trois questions clés : les statuts, le calendrier pour la mise en place des organes et le siège de l’institution.
Côté statuts, les prochaines étapes pour ce comité consistent à travailler avec un expert juriste afin de finaliser l’actualisation des textes, en tenant compte du contexte actuel. Leur adoption est attendue à la mi-avril.
Quant à l’opérationnalisation effective, l’objectif est de rendre l’OPB pleinement fonctionnel d’ici août 2026. Un timing qui n’est pas anodin, à l’approche des échéances électorales de 2027.
Le siège ? Les enceintes de la Maison de la presse restent incontournables pour accueillir les bureaux du comité exécutif.
Les fonds, la seule question qui dérange
Un défi majeur reste toutefois entier : les ressources. Le Cenap, qui accompagnait le processus, arrive au terme de son projet d’appui aux médias. La Maison de la presse prend le relais, mais devra mobiliser d’autres partenaires. Tant mieux que tous les acteurs en sont conscients : sans financement durable, la redynamisation pourrait rester fragile.
L’OPB version 2.0 est donc en marche. Entre ambition et contraintes, les acteurs du secteur médiatique semblent décidés à franchir un cap. Avril, et si c’était aussi Pâques pour la presse burundaise ?
Photos : Yaga
