
Comment un élève défiant l’évidence au tableau m’a transmis une leçon inattendue sur le doute, le courage… et l’art d’être parent.
Par Aïta Chancella Kanyange
Je me souviens d’un cours de mathématiques en 9e année. Un élève ose affirmer qu’il peut démontrer que 1 + 1 = 3. Toute la classe retient son souffle. Il s’avance vers le tableau, d’un sérieux imperturbable. Il le remplit de calculs, déroule son raisonnement avec assurance, puis conclut par un large et solennel CQFD. Je ne sais plus si je comprends… ou si j’ai envie de rire.
Bien sûr, le professeur était furieux. Aujourd’hui, je dirais même qu’il était gêné. L’élève avait utilisé les méthodes apprises en classe pour contrecarrer une vérité universelle. Bien sûr, mathématiquement, 1 + 1 ne font pas 3. Mais cette démonstration, dans cette fraction de seconde, m’a ouvert quelque chose dans la tête : l’importance de réviser nos certitudes.
On se cramponne à la vérité que l’on croit immuable jusqu’à ce qu’un autre angle vienne la questionner. Et à ce moment-là, même si ce que mon camarade de classe expliquait était absurde, je l’ai admiré pour son courage.
Aujourd’hui, cette scène me revient lorsque je pense au parenting.
On part d’une certitude : amour + bonnes intentions = enfant équilibré. C’est une vérité que l’on ne remet presque jamais en question. Mais au final, qu’est-ce qu’un enfant équilibré ? Chaque enfant est unique. Son équilibre ne se mesure pas à un modèle fixe. Et pourtant, on entend parfois un verdict sur tel parent : « Abana biwe baramunaniye. » Et celui qui a des enfants dociles se dira qu’il détient la meilleure recette, qu’il est le meilleur parent.
Aimer son enfant est fondamental. L’éduquer aussi. Éduquer, c’est comprendre son développement ; c’est apprendre à communiquer selon son âge ; c’est apprendre à le responsabiliser, à l’accompagner dans certains domaines et à lui laisser du champ libre dans d’autres. Bref, c’est surtout naviguer dans un monde qui évolue vite.
Là où nous pensions que l’équation était simple, nous découvrons qu’elle est plus complexe. Non pas parce que l’amour est insuffisant, mais parce qu’il mérite d’être accompagné de connaissances, d’outils et surtout d’OUVERTURE.
D’ailleurs, je m’interroge …
On se forme pour exercer un métier. Pourquoi serait-il tabou de se former pour être parent ? Mon avis est qu’il faut mettre en place des cadres de formation à cela. Au final, élever un enfant va de pair avec le fait de s’informer, de se former et de demander conseil et c’est bien de l’apprendre aux côtés des autres, je me dis.
D’autant plus que l’on dit qu’éduquer un enfant n’est pas un travail solitaire réservé aux parents. Comme le disent certains proverbes kirundi : « Umwana si uw’umwe. » Il y a aussi : « Imana ikuvyarira si yo ikurerera. »
Ces proverbes ne diminuent pas l’autorité parentale. Ils rappellent une vérité plus large : l’éducation est collective, transmise et enrichie. Éduquer un enfant est un projet de société.
Cette part de responsabilité sociétale dans l’éducation de l’enfant, qui se traduisait parfois par « ca gitsure » que la voisine donnait à ton enfant pour le redresser lorsqu’elle le voyait faire des bêtises… aujourd’hui, en 2026, avec les clôtures qui ont remplacé des haies de cèdres, qui isolent les familles les unes des autres, peut-on ajouter à la liste des « must do » des formations sur le parenting dans nos foyers, sans honte ?
Car, en fin de compte, sur le long terme, une famille solide donne un pays solide. Tout commence « muhira ».
Et vous, qu’en pensez-vous ? Existe-t-il vraiment un modèle unique pour éduquer nos enfants ? Ou êtes-vous prêt, vous aussi, à prendre la craie et à réécrire l’équation — en acceptant que, parfois, 1 + 1 puisse faire 3 ?
Aïta Chancella Kanyange, mère de deux enfants, est une jeune auteure burundaise passionnée par la littérature sous toutes ses formes. Contributrice à Iris News, elle fait entendre sa voix dans les débats littéraires et culturels au Burundi, où elle s’engage activement pour le dynamisme et le rayonnement de la scène littéraire locale. Son premier ouvrage, HARABAYE : Il était une fois…, un recueil de contes pour enfants, en est déjà à sa troisième édition. Il révèle sa capacité à tisser des récits empreints de poésie, de sensibilité et de profondeur.