Les journalistes catholiques burundais appelés à conjuguer foi et rigueur professionnelle - IRIS NEWS

Guillaume Muhozafévrier 17, 20269min30
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Ce qu’il faut retenir :

  • Les 16 et 17 février 2026, le Centre Interculturel National »Oasis de Paix et Reconciliation, (CINOPR) a accueilli à Bujumbura un atelier du CECAB destiné aux journalistes catholiques du Burundi.
  • Pendant ces deux jours, des professionnels des médias, des responsables diocésains et des experts en communication ont réfléchi à la place singulière du journaliste catholique dans l’espace public burundais.
  • Ils ont également analysé les statuts de l’Union Catholique de la Presse au Burundi (UCAP – Burundi), une association qu’ils souhaitent mettre en place.

Ouvrant les travaux, Mgr Blaise Nzeyimana, évêque de Ruyigi et président de la Commission communication de la Conférence des évêques catholiques du Burundi, a posé d’emblée le cadre moral et ecclésial de la rencontre.

« L’Église recommande que la communication soit toujours véridique, dans le respect des exigences de la justice et de la charité, et qu’elle ne se contente pas des demi-mots. Elle doit être complète et orientée vers le respect de la dignité de la personne humaine. »

Pour le prélat, la communication n’est pas un simple outil technique : elle est une responsabilité. Il a insisté sur la nécessité de promouvoir une communication responsable, capable de servir la vérité sans verser ni dans l’approximation ni dans la complaisance.

Il a également rappelé le rôle des laïcs, « dont la mission est de porter le plus loin possible l’Évangile », soulignant que les journalistes catholiques participent, à leur manière, à cette mission d’évangélisation par le témoignage.

Selon lui, des cadres d’échange structurés sont indispensables pour soutenir cette vocation spécifique dans un environnement médiatique en constante mutation.

Se retrouver, se structurer, se soutenir

Le premier objectif de l’atelier, a précisé l’évêque, était d’aider les chrétiens catholiques engagés dans les médias à « se retrouver » et à renforcer leur soutien mutuel.

Plus concrètement, la rencontre visait à : échanger sur les contributions spécifiques des journalistes catholiques au Burundi ; mettre en place les statuts d’une union des journalistes catholiques ; renforcer l’aumônerie des journalistes catholiques dans les diocèses.

L’ambition affichée est de structurer un réseau sans le transformer en organe de communication institutionnelle.

« Tu restes journaliste, pas propagandiste »

Invité comme expert, l’abbé Lambert Riyazimana, docteur en communication et chargé de la communication dans le diocèse de Ngozi, a livré une intervention remarquée, centrée sur l’articulation entre foi et professionnalisme.

Il a insisté sur la nécessité de concilier rigueur professionnelle et témoignage de foi, sans jamais confondre les rôles. Pour lui, l’identité catholique ne doit ni altérer l’indépendance du journaliste ni le transformer en porte-voix institutionnel.

« De toutes les façons, tu restes journaliste. Catholique, bien sûr, mais tu n’es pas un propagandiste de l’Église, encore moins son porte-parole. N’allez pas dans vos médias parler uniquement de l’Église ou utiliser un langage trop consacré. Continuez à faire votre travail comme vous le faites déjà, mais en reconnaissant que vous êtes témoins de la foi. »

Dans un environnement où la frontière peut parfois sembler floue, ce rappel se veut clarificateur. Il s’agit moins de créer un corps de communicants confessionnels que d’encourager des professionnels capables d’exercer leur métier avec compétence et liberté, tout en laissant leur foi éclairer leur regard.

L’expert l’a d’ailleurs réaffirmé sans ambiguïté : « On n’est pas ici pour former un syndicat de journalistes porte-parole de l’Église catholique burundaise. »

Une double appartenance : rédaction et Évangile

Au cœur des échanges figurait la mission du journaliste catholique.

Les participants ont évoqué le « ministère de l’unité » ainsi que la vocation à être « la voix des sans-voix », particulièrement dans un contexte social marqué par des fractures et diverses vulnérabilités.

L’abbé Lambert Riyazimana a proposé trois repères éthiques comme boussole professionnelle : la vérité, la charité et l’unité. « Dans notre travail, il faut savoir qu’on a un pied dans la rédaction et un pied dans l’Évangile », a-t-il résumé.

Tension entre rédaction et conscience : un défi structurant

Les travaux en groupe ont permis de mettre en lumière deux défis majeurs.

Le premier tient à la tension possible entre les exigences du métier — objectivité, vérification des faits, indépendance éditoriale — et la conscience morale du journaliste catholique.

Dans le contexte burundais, cette tension peut apparaître lorsqu’un sujet sensible — crise politique ou sociale, scandale, déclaration controversée ou encore ligne éditoriale du média employeur en décalage avec la vision de l’Église — place le journaliste face à un choix délicat. Il peut alors se retrouver partagé entre fidélité aux principes journalistiques, loyauté professionnelle et cohérence avec sa foi.

Plusieurs pistes ont été avancées : ajuster l’angle de traitement à la lumière de la foi sans jamais altérer la véracité des faits ; renforcer la formation à la doctrine sociale de l’Église afin d’éclairer les analyses face aux tensions sociales ; mettre en place un réseau permanent d’échanges et de soutien entre journalistes catholiques.

L’enjeu n’est pas d’adoucir ou de dissimuler l’information, mais de l’inscrire dans une démarche éthique exigeante, constructive et orientée vers le bien commun.

Le risque de « ghettoïsation » de l’information

Second défi : éviter la tentation de l’entre-soi, ou le risque de « ghettoïsation »

Un média catholique qui se cantonnerait aux seules activités ecclésiales ou qui ne s’adresserait qu’à un public de croyants risquerait de se marginaliser et de perdre en influence dans l’espace public.

Les participants ont donc plaidé pour une ouverture plus large des lignes éditoriales. Il s’agit d’intégrer pleinement les enjeux sociaux, économiques, sanitaires et, pourquoi pas, politiques, tout en adoptant une posture inclusive et tournée vers le dialogue. L’ambition est de participer activement au débat public, sans s’enfermer dans un cadre strictement confessionnel.

Ils ont également mis en avant l’urgence d’un investissement plus soutenu dans le numérique, à un moment où les médias et institutions d’Église restent encore trop discrets sur les réseaux sociaux. Cela suppose une présence régulière et stratégique en ligne, des formats adaptés aux jeunes générations et une interaction réelle avec des publics diversifiés.

L’enjeu est clair : être un média inspiré par l’Évangile, mais pleinement inséré dans la société, attentif aux réalités contemporaines et en phase avec les codes actuels de l’information.

Enfin, les participants ont examiné les statuts de l’organisation qu’ils projettent de créer : l’UCAP – Burundi (Union Catholique de la Presse du Burundi).

 

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