

Dimanche 15 février, dans le Mandela Hall d’Addis-Abeba, le fauteuil de la présidence de l’Union africaine changera d’occupant. João Lourenço, président de l’Angola, cédera sa place à Évariste Ndayishimiye. Pendant un an, le Burundi exercera la présidence tournante de l’organisation panafricaine.
Derrière l’image forte d’un passage de témoin se cache une mécanique institutionnelle précise. Comment, au juste, est élu le président de l’organisation continentale ?
Une rotation pensée dès la naissance de l’Union africaine
La présidence de l’Union africaine obéit à un principe cardinal : la rotation entre les cinq grandes régions du continent, Afrique du Nord (UMA), Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Afrique centrale (CEEAC), Afrique de l’Est (EAC) et Afrique australe (SADC).
Ce système est instauré dès la création de l’organisation en 2002, lorsque l’UA succède à l’Organisation de l’unité africaine, fondée en 1963. L’objectif est double : garantir l’équilibre géopolitique entre les régions et éviter qu’un même espace d’influence ne monopolise durablement la direction politique du continent.
Chaque année, la région à laquelle revient le tour désigne un chef d’État en exercice comme candidat. Dans le cas présent, l’Afrique de l’Est, au sein de laquelle le Burundi est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), a porté la candidature de Gitega. La succession d’un pays d’Afrique centrale, l’Angola, par un pays d’Afrique de l’Est illustre cette alternance institutionnalisée.
L’élection formelle : la règle des deux tiers
La rotation ne dispense pas d’un vote. Le président en exercice de l’Union africaine est élu par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, organe suprême de l’institution.
Le candidat proposé doit recueillir une majorité des deux tiers des États membres présents et votants pour être investi. Cette exigence confère au futur président une légitimité politique forte, au-delà du simple tour régional.
Dans les faits, toutefois, le vote intervient généralement après des consultations diplomatiques approfondies. Les équilibres interrégionaux, les alliances stratégiques et le climat politique continental jouent un rôle déterminant. Si Évariste Ndayishimiye doit être formellement investi lors du prochain sommet, cette investiture est l’aboutissement d’un consensus négocié en amont.
Des conditions juridiques strictes
Pour prétendre à la présidence, le candidat doit être un chef d’État en exercice et appartenir à un pays en règle avec les principes de l’organisation. Ces principes sont consacrés par l’Acte constitutif de l’Union africaine, adopté en 2000 à Lomé et entré en vigueur en 2001.
Ils incluent notamment le respect de l’ordre constitutionnel, la promotion de la paix et de la sécurité, ainsi que la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États membres.
L’UA s’est dotée de mécanismes de sanction en cas de rupture de l’ordre constitutionnel. Des pays comme le Soudan, le Mali ou le Gabon ont ainsi été suspendus après des coups d’État, rappelant que l’appartenance active à l’organisation suppose le respect d’engagements politiques précis.
Une fonction honorifique, mais non dénuée d’influence
La présidence de l’Union africaine est avant tout politique et symbolique : elle n’emporte pas de pouvoir exécutif direct sur la Commission de l’UA, mais elle offre une tribune diplomatique majeure.
Le pays qui préside fixe le ton des priorités annuelles, impulse certains débats et représente le continent dans plusieurs forums internationaux. Il accueille également, tout au long de son mandat, des réunions ministérielles, des sommets extraordinaires et des consultations stratégiques, faisant de sa capitale un carrefour diplomatique continental.
Pour le Burundi, l’enjeu est considérable : projeter une image de stabilité et d’engagement régional, tout en pesant sur des dossiers structurants, sécurité dans la région des Grands Lacs, intégration économique, mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Une certitude demeure : en accédant à la présidence de l’Union africaine, le Burundi entre dans une séquence diplomatique décisive. Pendant douze mois, il ne sera pas seulement un État parmi d’autres, mais la voix politique appelée à incarner, au moins symboliquement, l’unité d’un continent en quête de cohésion.