Ouverte ce 4 novembre au palais de Kiriri, la septième édition du Forum des femmes leaders place la santé, l’éducation et l’accès aux ressources au cœur de l’autonomisation des femmes au Burundi. Les échanges font pourtant apparaître un obstacle plus tenace : les représentations sociales qui continuent de limiter les choix et les ambitions des femmes.
La septième édition du Forum des femmes leaders s’est ouverte ce mercredi 4 novembre 2026 au palais présidentiel de Kiriri, à Bujumbura, sous le thème « Femme autonome, résiliente et en bonne santé ». Pendant deux jours, le président de la République, Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, des épouses de chefs d’État, des représentants d’organisations internationales et des diplomates accrédités au Burundi réfléchissent aux moyens de renforcer la contribution des femmes au développement de leurs familles et du pays.
Angeline Ndayishimiye plaide pour un partage équitable des ressources
« Une femme a besoin de bénéficier des mêmes droits que les autres dans le partage des ressources familiales », a déclaré la Première dame, Angeline Ndayishimiye. Selon elle, les femmes doivent pouvoir contribuer pleinement à la vie de leur famille, de leur pays et même du monde. Elle a toutefois reconnu que des inégalités persistent dans certains pays, notamment dans l’accès à l’emploi et en matière de rémunération.
La Première dame s’est adressée en particulier aux jeunes filles. Elle les a invitées à faire preuve de détermination face aux difficultés, à commencer par celles qu’entraînent les changements climatiques. Elle a regretté que leurs conséquences poussent certaines d’entre elles à abandonner l’école pour aider leur famille.
« Une jeune fille doit être courageuse et persévérante. C’est ainsi qu’elle pourra atteindre ses objectifs, qu’il s’agisse de faire face aux changements climatiques ou de contribuer au développement de son foyer et de son pays », a-t-elle insisté.
Sur le plan économique, Angeline Ndayishimiye a salué les initiatives burundaises qui facilitent l’accès des femmes au financement, par l’intermédiaire des banques et des coopératives. Elle les a encouragées à entreprendre et à lancer des projets qui améliorent leurs conditions de vie.
Évariste Ndayishimiye : des métiers encore peu ouverts aux femmes

Le président Évariste Ndayishimiye a rappelé que les femmes, majoritaires dans le pays, constituent une force importante pour le développement national. « Si les femmes mettent à contribution leur force et leur intelligence, le pays pourrait se développer rapidement », a-t-il affirmé.
Le chef de l’État s’est félicité des progrès réalisés dans l’accès des filles à l’éducation et de leur présence croissante dans des métiers longtemps considérés comme réservés aux hommes. Il juge néanmoins leur représentation encore faible dans plusieurs secteurs, dont la mécanique automobile, la construction, la menuiserie et la pêche.
Pour expliquer ce déséquilibre, Évariste Ndayishimiye a évoqué la force physique et l’apparence. D’après lui, certaines jeunes filles hésiteraient à exercer des métiers physiquement exigeants ou salissants, d’autant qu’elles seraient davantage observées que les hommes.
Cette explication montre le poids des stéréotypes qui orientent encore les choix professionnels des femmes. Comment encourager leur présence dans tous les secteurs si certains métiers restent associés à une force physique ou à une apparence jugées incompatibles avec leur condition ? Les formations et les opportunités économiques ne suffiront pas : l’autonomisation des femmes passe aussi par un changement des mentalités.
Santé et éducation, conditions préalables à l’émancipation
La santé a occupé une place importante dans les échanges. S’exprimant au nom du Dr Sania Nishtar, directrice exécutive de Gavi, l’Alliance du vaccin, sa représentante a rappelé que la santé des filles et des femmes est une condition préalable à leur autonomisation.
Reprenant le thème du forum, elle a souligné que l’autonomie, la résilience et la santé sont indissociables. Une jeune fille en bonne santé peut poursuivre ses études et construire son avenir. Une mère dont les enfants sont protégés contre les maladies est mieux placée pour se consacrer à sa famille et à ses activités.
Elle a salué les performances du Burundi en matière de vaccination : 99 % des enfants reçoivent la première dose du vaccin pentavalent et 94 % la troisième.
Au nom de Violette Kakyomya, coordonnatrice résidente du système des Nations unies au Burundi, sa représentante a salué les mesures nationales qui améliorent l’accès aux soins, notamment la gratuité des accouchements et la prise en charge médicale gratuite des enfants de moins de cinq ans.
Elle a aussi insisté sur le rôle de l’éducation dans l’émancipation des femmes. Selon elle, investir dans les connaissances des filles et des femmes élargit leurs perspectives et leur ouvre davantage d’opportunités. Elle a ainsi plaidé pour la réintégration scolaire des jeunes filles qui ont interrompu leurs études, notamment après une grossesse.
L’accès aux soins et à l’éducation constitue donc une base essentielle. Mais pour que ces acquis se traduisent en autonomie réelle, les femmes doivent aussi pouvoir accéder aux mêmes possibilités que les hommes et faire leurs propres choix sans être freinées par les préjugés.
Depuis 2019, un forum qui élargit son champ d’action
Le Dr Liliane Nkengurutse, secrétaire exécutive de l’Office de la Première Dame pour le développement (OPDD), a présenté les principales réalisations du Forum des femmes leaders depuis son lancement en 2019.
La première a été la mobilisation de fonds pour construire le centre Urumuri, à Gitega, en 2019. En 2021, après la crise de la Covid-19, le forum a lancé un programme de cantines scolaires. L’année suivante a vu naître une initiative consacrée à la nutrition et à la santé des femmes, des nouveau-nés et des adolescents. Au fil des éditions, le forum s’est donc ouvert aux questions de santé, de nutrition et de bien-être communautaire.
Avec cette septième édition, organisée les 4 et 5 novembre, les organisateurs entendent promouvoir une femme capable de relever les défis sociaux, économiques et environnementaux et de participer pleinement au développement de sa famille et de son pays. Pour y parvenir, il faudra aussi lever les barrières sociales qui limitent encore ses possibilités.

