

Trois artistes de la troupe Umunyinya ASBL portent la flamme de la culture burundaise au cœur de l’Europe
Il y a quelque chose de profondément beau dans l’idée qu’une danse, un chant, une fête née sur les collines du Burundi puisse résonner sous les toits d’une ville allemande. Depuis le 8 avril, trois artistes de la troupe Umunyinya ASBL ont traversé les frontières, pas seulement géographiques, mais culturelles, humaines. Banshayeko Arthur, Niyonizigiye Rivardo et Sangano Laly Bénitha sont en Allemagne. Et ils n’y sont pas rendus les mains vides.
Une scène à Tübingen, une fête à Stuttgart
Ce soir, 16 avril, à Tübingen, les trois artistes montent sur scène pour interpréter Ingundu y’Umuganuro, une pièce signée Niyonizigiye Rivardo. Un public allemand, loin de ses repères habituels, se retrouvera face à quelque chose de rare : un théâtre qui ne cherche pas à séduire, mais à transmettre la richesse et l’imaginaire profonds du Burundi.
Mais Umunyinya ASBL ne fait pas que du théâtre. Le 20 avril à Stuttgart, à 18h, les trois artistes proposeront une mini Rinjora, une invitation à entrer, l’espace d’une soirée, dans l’univers d’une fête traditionnelle burundaise. Au programme : de la bière de sorgho impeke, cette bière brassée selon des procédés ancestraux dont le goût porte des siècles d’histoire, et un repas autour des intete, ces grains secs de maïs qui, dans les foyers burundais, accompagnent aussi bien les repas des fêtes que les jours simples. Ce sera moins une démonstration folklorique qu’une communion, un moment où la culture cesse d’être un objet à observer pour devenir une expérience à vivre.
Arthur, « l’artiste qui reste »
Après le 20 avril, Rivardo et Laly Bénitha rentreront au Burundi, mais Banshayeko Arthur restera en Allemagne jusqu’au 10 mai. Et pour cause : il n’est pas seulement comédien, il est aussi chanteur, et sa voix a un rendez-vous. Les 8 et 9 mai à Dresden, il montera sur scène pour un concert qui prolongera, sous une forme différente, le même élan : faire entendre quelque chose de burundais dans un espace qui ne l’attendait pas forcément, et précisément pour cela, s’en souvenir longtemps.
L’Académie de l’Amitié : quand l’art tisse des ponts durables
Ce séjour n’est pas le fruit du hasard. Il s’inscrit dans le cadre du Programme Académie de l’Amitié, un projet de coopération artistique entre le Burundi et le Land de Bade-Wurtemberg, en Allemagne, pensé pour aller au-delà des échanges ponctuels et construire de véritables collaborations entre artistes des deux pays.
Ce que vivent Banshayeko, Rivardo et Laly Bénitha en Allemagne ce mois-ci est en réalité la deuxième partie d’une histoire commencée il y a moins d’un an. En août dernier, c’est au Burundi que la première rencontre avait eu lieu. Ce voyage à Tübingen, Dresden et Stuttgart est la réponse, le prolongement naturel, le deuxième chapitre de ce dialogue artistique.
Dans un monde où les cultures du Sud peinent souvent à se faire entendre autrement que dans les cases qu’on leur assigne, voir une troupe burundaise monter sur scène en Allemagne avec ses propres récits, ses propres rites, sa propre bière et ses propres grains de maïs, c’est plus qu’un beau geste symbolique. C’est une affirmation tranquille mais ferme : nous avons quelque chose à dire, et nous savons comment le dire.
Et c’est tout à l’honneur d’Umunyinya ASBL.
