De retour d’AFRIMA : un Sat-B remonté - IRIS NEWS

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Lancés en 2014, les All Africa Music Awards (AFRIMA) se sont imposés comme la référence des distinctions musicales en Afrique. Un détail que peu connaissent : ils sont soutenus par la Commission de l’Union africaine. Reste alors la vraie question. Dans ce grand concert continental, quelle place occupe le Burundi ? Et pourquoi, jusqu’ici, notre drapeau peine-t-il encore à briller ?

Sat-B, le chanteur burundais, l’un des plus constamment au top depuis bientôt 15 ans, est revenu de Lagos avec un sentiment amer : celui d’avoir participé sans être véritablement remarqué.

À son arrivée à l’aéroport, il s’est désolé du faible soutien du gouvernement burundais à la musique : « Nous avons besoin d’au moins 6 à 10 milliards de francs burundais d’investissements dans la musique pour que les artistes burundais puissent arriver au niveau d’aller régulièrement et de peser à AFRIMA », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « C’est la première fois que j’y vais personnellement, parce que les deux autres fois [où j’étais nominé], je demandais du soutien au ministère de la Jeunesse, mais en vain. Cette fois-ci, nous y sommes allés avec nos propres moyens. »

Dans son requiem, tout le monde en a pris pour son grade, y compris nous, les journalistes : « Les médias ne nous soutiennent pas non plus. Certains font du favoritisme et discriminent certains artistes. »

Et pourtant, chaque année, AFRIMA rassemble des milliers d’artistes, producteurs, compositeurs et acteurs de l’industrie musicale venus des cinq régions du continent. En une décennie, AFRIMA est devenu un véritable baromètre de l’évolution musicale africaine, où se croisent traditions, modernité et innovations sonores.

L’Afrique de l’Est, elle, arrive souvent avec du talent… et peu de structures. Le Burundi surtout. Riche de tambours sacrés classés au patrimoine immatériel de l’UNESCO, mais pauvre en studios solides, en réseaux et en relais internationaux. La tradition est immense. L’industrie, fragile. Et AFRIMA représente le niveau supérieur, à la fois une opportunité de visibilité et un défi de compétitivité face aux industries musicales plus structurées d’Afrique de l’Ouest et australe.

Cette neuvième édition des AFRIMA 2025, tenue finalement en janvier 2026 à Lagos (Nigeria), a marqué un tournant historique. Plus de 10 000 œuvres musicales ont été soumises, établissant un nouveau record de participation. Ce chiffre témoigne de l’essor de l’industrie musicale africaine et de l’intérêt croissant des artistes pour cette plateforme continentale.

À cette occasion, l’artiste Sat-B a pris part aux conférences, aux rencontres professionnelles et aux événements culturels parallèles, contribuant ainsi à faire connaître la musique burundaise au-delà des frontières nationales. Ses chansons Nyampinga et Kirisese, bien que saluées par le public et reconnues par les comités de sélection d’AFRIMA, n’ont pas encore permis au Burundi de décrocher une distinction majeure.

Le Burundi, figurant

Le Burundi possède l’un des patrimoines musicaux les plus riches d’Afrique, reconnu mondialement à travers le tambour sacré burundais, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Cette tradition ancestrale cohabite aujourd’hui avec une scène moderne dynamique, mêlant afro-pop, afro-fusion, gospel, R&B et sonorités traditionnelles.

Malgré cette richesse, la transition vers une reconnaissance continentale reste complexe, notamment en raison du manque d’infrastructures professionnelles, de maisons de production solides et de réseaux de distribution internationaux.

Le processus de sélection d’AFRIMA repose à la fois sur le vote du jury et celui du public. Dans ce système, les pays disposant d’une large diaspora, d’une forte présence médiatique et de réseaux numériques puissants partent avec un avantage considérable. Le Burundi, dont l’industrie musicale reste peu structurée à l’international, souffre d’un déficit de mobilisation financière et numérique, ce qui impacte directement ses chances de figurer dans les compétitions.

Pour le Burundi, AFRIMA demeure une école, une vitrine et une source d’inspiration, malgré l’absence de trophée. Malgré les défis, l’avenir n’est pas sombre. Une nouvelle génération d’artistes burundais émerge, mieux connectée, plus consciente des exigences du marché international et déterminée à porter haut les couleurs nationales.

AFRIMA reste une promesse : celle qu’un jour, la musique burundaise, forte de son identité et de son talent, gravera son nom au palmarès continental.

Le Burundi attend. Comme il a toujours attendu.

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