Art et Culture

37 minutes 2 secondes avec Hypolite Bakari


14:30:49mardi 27 octobre 2026Bujumbura · GMT+2

 

Trente minutes sur scène, sept minutes et deux secondes dans un couloir. Le 23 octobre, à l’Institut français du Burundi, l’humoriste congolais installé à Bujumbura a tenu un public majoritairement burundais en ne jouant qu’en français. Il a ensuite répondu, sans détour, à ceux qui disent que l’humour local se résume à comparer les quartiers.

Un seul jour de stage à Iris News, et déjà une mission : rencontrer Hypolite Bakari et écrire sur lui. Je suis arrivée le 28 septembre ; le lendemain, son nom était dans mon carnet. Il m’a fallu près d’un mois pour l’attraper.

Il devait jouer aux côtés de Kigingi, l’un des grands noms de l’humour burundais, lors de la deuxième soirée de la troisième édition du festival Burun’Rire, organisée du 1er au 3 octobre. La tête d’affiche était l’humoriste ivoirien Le Magnific. La soirée a été annulée à la dernière minute, puis reportée. Ensuite, ce furent son agenda, puis le mien, et trois semaines ont passé ainsi. Le vendredi 23 octobre, enfin, le spectacle avait lieu.

Avant le rideau

J’avais prévu de l’interroger avant qu’il monte sur scène, pour saisir le trac, la préparation et ce moment suspendu où l’on attend son nom. Ce fut encore raté : mes autres tâches ont eu raison de mon planning. Je suis tout de même arrivée à l’heure.

C’était mon tout premier spectacle d’humour. Une question me trottait en tête : comment tenir trente minutes uniquement en français, avec des blagues sur le Burundi et sur la RDC, sa terre natale, devant une salle en majorité burundaise ? Les Burundais comprennent le français, bien sûr. Mais une blague ne frappe pas de la même façon en français et en kirundi. Pour qu’elle fasse rire, il faut s’y reconnaître ; to relate, disent les anglophones.

30 minutes sur scène

Il a répondu à ma question sans que j’aie à la poser. En trente minutes, Hypolite a tenu la salle et fait tomber mes préjugés. Chapeau.

Le spectacle à peine terminé, nous nous retrouvons debout dans un couloir, devant la salle polyvalente de l’Institut français, avec le brouhaha du public dans le dos. Il faut adapter les questions préparées pour l’avant et l’après, et vite.

Comment le public a-t-il réagi ?

Il répond avec calme : « Il a fait ce qu’il avait à faire. Moi, j’ai fait ce que je devais faire. C’était écrit : ce soir, ça s’est accompli. Je ne fais que suivre le chemin. »

Qu’est-ce que ça fait de partager la scène avec Kigingi ?

« Je suis connu aussi, attention ! » Il sourit, puis reprend : « C’est toujours un honneur. On se connaît depuis 2020 et on joue ensemble depuis 2021. C’est aussi un honneur de l’avoir invité, puisque c’est le Buja Comedy Club qui l’a fait venir. »

La question qui fâche

Hypolite suit Iris News depuis un moment, et ce n’est pas la première fois qu’il nous accorde un entretien. Mais j’avais en tête une critique lue dans une confession anonyme : les humoristes burundais ne feraient que comparer les quartiers. On reproche aussi aux artistes de monter sur scène sans préparation et d’improviser. Après mille détours, je finis par la poser, l’air de rien.

Est-ce vrai ? Toi, tu te prépares vraiment ?

Il me retourne la question : « Tu as déjà vu des artistes non préparés sur scène ? » Puis il enchaîne :

« Les quartiers, entre Kigingi et moi, qui en a parlé pendant une heure ? À un moment, il faut que les gens se lèvent de leur canapé, qu’ils arrêtent de regarder des extraits sur TikTok et qu’ils viennent voir en vrai. Ce soir, j’ai fait trente minutes et je n’ai pas comparé les quartiers une seule fois. Kigingi non plus, en quarante-cinq minutes. Il en a parlé, oui, mais pas pour les comparer : il en a parlé parce que c’est ça, le Burundi. Cinq minutes. Les quarante autres, c’était autre chose. »

Six ans à Bujumbura, qu’est-ce qui t’a amené jusqu’ici ?

« Passion et résilience. »

Pourtant ici l’humour se fait rarement en français. Était-ce facile de te faire un nom ?

« Ce n’est jamais facile. Il faut se donner les moyens, et je m’arme toujours pour y arriver. J’ai déjà un public à Bujumbura ; j’ai déjà rempli un spectacle avec 300 personnes. Ce n’est jamais facile, mais on va jusqu’au bout. »

Qu’est-ce que ça t’a coûté d’arriver…

Il ne me laisse pas finir. « Le travail acharné. Sérieusement. Quand je suis arrivé à Bujumbura en 2020, je suis tout de suite venu à l’Institut français voir comment ça se passait. Le Buja Comedy Club n’existait pas encore. Les choses se sont faites d’elles-mêmes : quand c’est écrit et que tu y mets de la prière et du travail, les portes s’ouvrent. Il y a eu le casting, je me suis intégré, je me suis fait beaucoup d’amis. »

Que retiens-tu de ta rencontre avec Le Magnific ?

« L’apprentissage. J’ai découvert d’autres manières de faire du réseautage. »

Qu’est-ce que cette expérience va changer pour la suite ?

« C’est une ligne droite. Ce soir, certains ont payé leur ticket pour Kigingi, d’autres pour moi. J’ai gagné son public, il a gagné le mien. C’est comme ça que ça marche. »

Qu’est-ce que tu voulais que le public retienne de toi ce soir ?

« Que je ne suis pas venu seulement pour les faire rire. Je suis venu mettre un peu de moi en eux, et recevoir un peu d’eux. »

Un dernier mot ?

« Dites aux gens de venir aux spectacles. Juste ça. Comme ça, ils arrêteront de scroller. Et venez au Jeudit Ris : c’est une très belle plateforme pour les humoristes. On y joue en français, en anglais et en kirundi. »

p.s : Il m’a chargée d’un message ; je le transmets. Le Jeudit Ris du Buja Comedy Club a lieu le dernier jeudi de chaque mois au centre culturel Izuba. Le prochain rendez-vous est le jeudi 29 octobre. Comme le disent ses humoristes : « Zone à haut risque de rire ».

Béni Joëlle Munyemana

 

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