En visite au Burundi, la ministre d’État allemande Serap Güler a promis jeudi 500 000 euros d’aide alimentaire aux réfugiés congolais de Cishemere. De quoi remplir des assiettes. Pas encore de quoi rouvrir la route du retour.
Il y a un peu plus d’un siècle, l’Allemagne administrait l’Urundi depuis Gitega, où sa Résidence s’était installée en 1912. Jeudi 22 octobre, c’est en partenaire, et non plus en puissance tutélaire, que Berlin est revenue sur ces collines. Serap Güler, ministre d’État auprès du ministre fédéral des Affaires étrangères, a achevé sa journée burundaise dans la poussière du camp de transit de Cishemere, à quelques kilomètres de la frontière congolaise. L’ambassadeur d’Allemagne au Burundi, Hubertus Klink, l’accompagnait.
La matinée appartenait au protocole. La responsable allemande a d’abord été reçue par le président Évariste Ndayishimiye, puis par le ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana. L’ordre du jour avait l’épaisseur d’une vieille relation : réfugiés, coopération bilatérale, autonomisation économique des jeunes, eau potable, sécurité en République démocratique du Congo, et modernisation du musée national de Gitega. Ce dernier point n’est pas anodin. Depuis la reconnaissance du génocide des Herero et des Nama en Namibie en 2021 et la restitution des bronzes du Bénin au Nigeria l’année suivante, Berlin a fait du travail de mémoire un pan assumé de sa diplomatie africaine. Contribuer au musée de la ville même qui fut le siège de son administration coloniale relève de cette même grammaire.
Sur le dossier congolais, la diplomate a invité le Burundi à prendre les devants pour une résolution pacifique du conflit. Berlin reste fidèle à sa méthode : peu de coups d’éclat, beaucoup de médiation patiente, et la conviction que la stabilité des Grands Lacs se construit d’abord depuis la région.
Un camp qui veut rentrer, mais qui manque de tout
Cishemere abrite 2 969 réfugiés répartis dans 967 ménages. La délégation y a été accueillie avec ferveur par des habitants nombreux à répéter le même vœu : retourner en RDC. Le site porte bien son nom de camp de transit. On y vit sur une valise qu’on n’ose pas défaire espérant un depart le lendemain.
Au nom de ses compagnons, le représentant des réfugiés a salué l’hospitalité du Burundi, du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et de leurs partenaires, dont l’Allemagne. La gratitude n’a pas étouffé l’inventaire : abris insuffisants, nourriture rare, médicaments comptés. « Que ceux qui souhaitent rentrer en RDC puissent le faire plus facilement », a-t-il demandé. En attendant que la route s’ouvre pour tous, il a plaidé pour des formations professionnelles et un appui au lancement de petites activités génératrices de revenus.
Berlin met 500 000 euros dans la marmite
Serap Güler a répondu en chiffres. L’Allemagne poursuivra sa collaboration avec le HCR Burundi pour couvrir les besoins de Cishemere, en priorité alimentaires, et débloque à cet effet 500 000 euros. Rapportée aux habitants du site, l’enveloppe représente environ 168 euros par personne. La somme, faut le dire, paraît modeste pour un pays qui figure parmi les tout premiers bailleurs du HCR dans le monde. Elle pèse lourd dans un camp où chaque sac de farine se négocie avec le lendemain.
Berlin s’engage aussi à soutenir le rapatriement volontaire. « L’Allemagne va aider pour que ceux qui veulent rentrer puissent rentrer », a promis la ministre d’État. La phrase a la sobriété d’une méthode allemande : promettre peu, et tenir. Elle prend une résonance particulière dans la bouche de Serap Güler, elle-même fille de travailleurs immigrés turcs de la Ruhr.
HCR : 221 retours, et beaucoup d’obstacles
La représentante du HCR au Burundi, Brigitte Mukanga-Eno, a dressé un bilan prudent. À ce jour, 221 réfugiés ont été rapatriés. Les retours ne concernent que les personnes originaires de zones où la sécurité est jugée suffisante, notamment Uvira et quelques autres localités. Pour le reste, les obstacles demeurent, et l’agence onusienne a appelé ses partenaires, Allemagne en tête, à ne pas relâcher leur effort.
Les réfugiés attendent désormais que les promesses de ce 22 avril deviennent des vivres, des abris et des solutions. Et que la diplomatie finisse par rendre la frontière franchissable dans l’autre sens.


