À Bujumbura, l’allemand gagne du terrain chez les jeunes

La Rédactionseptembre 29, 20269min180
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La langue de Goethe attire de plus en plus de jeunes. Études, projets professionnels ou perspective d’une mobilité vers l’Europe : plusieurs motivations expliquent cet intérêt. Plusieurs centres proposent des formations, du niveau débutant jusqu’aux niveaux avancés. Nous en avons visité quelques uns.

D’abord, SPAS-B, pour Schönstatt-Patres Akademie für Sprachen in Burundi, une initiative des Pères de Schoenstatt consacrée principalement à l’apprentissage de l’allemand. Installé à Gihosha, le centre propose des cours intensifs allant de A1 à B2. Les niveaux A1 et A2 comptent chacun 160 heures de cours, contre 170 heures pour B1 et B2.

Les motivations des apprenants sont diverses, un des responsables s’est confié : « Notre job est juste d’enseigner, mais quand nous leur posons la question, certains disent venir parce que quelqu’un à l’étranger leur demande d’apprendre l’allemand, dans l’espoir que cela leur faciliterait l’obtention d’un visa vers des pays germanophones, notamment l’Allemagne. D’autres espèrent trouver une école, d’autres aiment simplement les langues », explique Herménégilde Ntabiriho, enseignant d’allemand et l’un des responsables de SPAS-B, également co-initiateur du programme de cours d’allemand lancé à l’Université du Burundi en 2017.

En effet, l’Université du Burundi, au campus Mutanga, propose elle aussi des cours à travers le Centre Multiculturel Allemand (CMA), créé pour promouvoir l’enseignement de l’allemand au Burundi et renforcer la coopération culturelle avec l’Allemagne. Soutenus notamment par la fondation allemande SEZ, ces cours existent depuis 2017. En 2022, le CMA comptait plus de 1 200 inscrits.

Pour Andy Dominique, ancien élève de SPAS-B, l’objectif était plus précis : « L’allemand est la langue d’enseignement dans de nombreux établissements en Allemagne et peut figurer parmi les conditions d’admission. » Selon lui, pour un jeune qui maîtrise déjà le français et l’anglais, connaître l’allemand représente un atout supplémentaire dans la recherche d’opportunités d’études ou de travail, notamment dans les pays germanophones.

Jusqu’à 2 millions de BIF pour atteindre B2

Cet apprentissage représente toutefois un investissement. À SPAS-B, chaque niveau coûte 500 000 BIF, auxquels s’ajoutent 30 000 BIF de frais d’inscription. Pour les livres, l’apprenant peut payer 100 000 BIF pour l’amortissement de deux ouvrages qui lui sont prêtés, ou les acheter pour 200 000 BIF par niveau. Ainsi, les cours coûtent 1,5 million de BIF pour atteindre le niveau B1 et 2 millions de BIF pour aller jusqu’au B2, sans compter les frais d’inscription et les livres. Le paiement peut également se faire en deux tranches de 250 000 BIF par niveau.

Pour s’inscrire, le centre souhaite un niveau secondaire ou plus, ainsi que de la disponibilité et de la motivation. Quatre périodes d’inscription sont organisées chaque année : en mars, juin, septembre et décembre. Les cours sont proposés le matin, l’après-midi et le soir, selon le choix des inscrits.

Reste ensuite la question du certificat. SPAS-B indique aider et préparer ceux qui souhaitent passer les tests permettant d’obtenir un certificat international d’allemand. Autrement dit, suivre les cours au centre constitue une préparation ; l’obtention d’une certification internationale passe par un examen distinct.

Cette orientation vers l’Allemagne apparaît plus directement encore au German Language and Culture Center (GLCC), à Buyenzi. Depuis septembre 2024, le centre propose une formation allant de A1 à C1, avec trois mois par niveau.

L’Ausbildung ou la recherche du travail

Pour une partie des candidats, l’objectif est l’Ausbildung, le système allemand de formation professionnelle qui associe apprentissage théorique et pratique en entreprise. Le GLCC prépare des candidats dans différents domaines, notamment l’hôtellerie, l’artisanat, l’industrie, l’informatique et les métiers commerciaux. Le parcours commence au Burundi par l’apprentissage de la langue, ainsi qu’une préparation culturelle et aux examens, avant une éventuelle poursuite en Allemagne.

Cette possibilité est déjà devenue concrète pour certains. GLCC Germany indique que quelques participants sont arrivés en Allemagne et y poursuivent leur parcours, sans toutefois préciser leur nombre exact. Le centre souligne néanmoins qu’il n’est pas une agence de placement : le contrat de formation est conclu directement entre le candidat et l’entreprise allemande.

La place des travailleurs étrangers dans l’économie allemande est également présente dans le débat politique du pays. Dans une déclaration récente, le chancelier allemand Friedrich Merz affirme que plusieurs secteurs, notamment les hôpitaux, les maisons de retraite, les chantiers, les restaurants et les hôtels, dépendent du travail d’immigrés installés en Allemagne depuis des décennies. Il y défend également leur intégration dans la société allemande et rejette l’hostilité envers les étrangers.

Pour attester de leur niveau, les apprenants du GLCC peuvent également se préparer aux examens du Goethe-Institut, dont les certifications vont de A1 à C2. Là encore, suivre les cours ne signifie pas obtenir automatiquement le Goethe-Zertifikat : il faut réussir l’examen correspondant.

La maîtrise de la langue ne garantit pas tout

Mais entre apprendre l’allemand à Bujumbura et partir se former ou travailler en Allemagne, plusieurs étapes restent à franchir.

Dans le cadre d’une Ausbildung, le niveau de langue demandé varie selon la formation et le métier choisis. Certaines formations peuvent exiger un niveau B1 ou B2. D’autres parcours, notamment dans certaines professions réglementées, exigent leurs propres conditions. Pour rechercher les possibilités existantes, les candidats peuvent notamment consulter  Make it in Germany, le portail officiel allemand consacré aux travailleurs étrangers et aux personnes souhaitant se former en Allemagne.

La maîtrise de la langue ne garantit donc pas, à elle seule, une admission, un emploi ou l’obtention d’un visa. « La langue constitue une compétence essentielle dans de nombreux parcours, mais elle doit s’accompagner d’un diplôme, de qualifications professionnelles et du respect des conditions propres à chaque projet », souligne Herménégilde Ntabiriho.

Pour les jeunes Burundais qui regardent vers l’Allemagne, apprendre la langue peut ainsi constituer une première étape. Entre les heures de cours, le coût de la formation, les examens et les conditions d’admission, le parcours demande toutefois davantage qu’un certificat d’allemand. La langue ouvre des possibilités ; elle ne constitue pas, à elle seule, un billet de départ.

Ami Éloge Habineza, stagiaire 

 

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