
Financée par l’Union européenne, mise en œuvre par SPARK en collaboration avec CREOP-Jeunes dans le cadre du projet UMWUGA-AKAZI, la session de renforcement des capacités destinée aux enseignants-formateurs de 10 centres de métiers vient de s’achever à Gitega. Et ce n’est pas juste une activité de plus dans un agenda déjà bien rempli. C’est un signal fort, adressé à toute une génération.
C’est dans l’enceinte de l’École Technique Omnis, l’ETO de Gitega, ue la cérémonie de clôture s’est tenue ce 14 avril 2026, au terme de huit jours de travail intensif réunissant enseignant-formateurs, experts pédagogiques et responsables institutionnels autour d’un constat partagé et sans détour : il est urgent de transformer en profondeur la manière d’enseigner les métiers au Burundi, afin que les jeunes sortent de la formation professionnelle non pas les mains vides, mais véritablement armés pour se lancer sur le chemin de l’entrepreneuriat.
Huit jours pour tout changer
Pendant huit jours intenses, cent quarante enseignants-formateurs issus de dix Centres d’Enseignement des Métiers (CEMs) et Centres de Formation Professionnelle (CFPs) se sont plongés dans une expérience pédagogique inédite. L’exercice central ? Des simulations pratiques de dispensation de huit modules de formation en entrepreneuriat — du Marketing et positionnement au Plan d’affaires, en passant par les Partenariats stratégiques et d’autres thématiques directement arrimées à l’aventure de l’entrepreneur, pensées et calibrées pour le contexte burundais.
L’objectif n’était pas simplement d’informer, mais de faire s’approprier : que chaque formateur reparte non pas avec des notes dans un classeur, mais avec des réflexes, des compétences et des outils prêts à l’emploi. Le programme a su marier théorie et pratique avec intelligence, sans jamais perdre de vue les défis spécifiques du terrain local. Une évaluation rigoureuse menée par des experts pédago-méthodologues du Ministère de l’Éducation, qui a également en charge l’enseignement des métiers, est venue valider la qualité des simulations, garantissant que la barre de l’excellence n’était pas simplement affichée, mais effectivement atteinte.
Un diagnostic sans complaisance
Pourquoi une telle initiative ? Lydie Ndayishimiye, Directrice Exécutive de CREOP-Jeunes, ne mâche pas ses mots : « Les offres de formation actuelles ne répondent pas toujours aux normes de qualité et le secteur public manque de mécanismes efficaces pour soutenir l’intégration professionnelle et l’esprit entrepreneurial des jeunes. Cette responsabilité repose essentiellement sur les CEMs et les CFPs, dont les ressources restent limitées malgré leur rôle central dans l’enseignement technique et professionnel. »
Le constat est d’autant plus préoccupant que le Burundi est l’un des pays les plus jeunes du monde : plus de 60 % de la population a moins de 25 ans. Cette jeunesse constitue une richesse immense, et une responsabilité tout aussi immense. Or le secteur informel absorbe plus de 90 % des emplois, souvent sans sécurité ni perspectives d’évolution réelles.
Derrière les chiffres de cette formation, 140 formateurs outillés, se cache donc une réalité humaine et économique criante : des milliers de jeunes Burundais qui attendent une formation professionnelle à la hauteur de leurs aspirations et des exigences d’un marché du travail qui, lui, n’attend pas.
L’État au rendez-vous
Du côté du ministère, la satisfaction est palpable. Hamenyimana Sébastien, Chef de service administratif et juridique au sein de la Direction Générale de l’Enseignement des Métiers, a suivi de près le déroulement de la formation pour s’assurer que les enseignants seraient réellement en mesure de dispenser ces nouveaux modules. Son bilan est sans équivoque : « Les enseignants-formateurs ont reçu la connaissance, la compétence, et un manuel qu’ils vont utiliser. C’est-à-dire que nos enfants seront enseignés par des formateurs ayant les pleines compétences et outils. »
Ces mots lèvent le voile sur un problème longtemps tu : l’absence de manuels adaptés avait jusqu’ici constitué un frein silencieux mais réel à la qualité de l’enseignement. Ce gap sera désormais comblé, et ce n’est pas rien, une fois que le gouvernement aura validé ces modules pour qu’ils soient enseignés dans les écoles.
Lydie Ndayishimiye appelle l’État à franchir la prochaine étape sans tarder : la validation officielle des modules, pour que les apprenants puissent en bénéficier au plus vite. « Ce sont des modules avec un contenu consistant, riche et répondant aux besoins du marché », insiste-t-elle, avec la conviction de celle qui sait que le temps perdu se paie en opportunités manquées, pour une jeunesse que le chômage guette de plus en plus ouvertement.
Sur le terrain, l’enthousiasme est communicatif. Nshimiye Jean Eraste, enseignant-formateur, n’hésite pas à qualifier l’expérience de game-changing : « Au moment où le Burundi porte la Vision Burundi Pays Émergent en 2040 – Burundi Pays Développé en 2060, ces modules y répondent directement. Les jeunes, bénéficiaires finaux, seront outillés de compétences pratiques, là où, jusqu’ici, on était beaucoup trop dans le théorique. » Des mots qui résonnent comme une promesse, portée collectivement par l’ensemble des formateurs présents.
UMWUGA-AKAZI : derrière l’initiative, une architecture solide
Cette session gitégeoise s’inscrit dans le cadre du projet UMWUGA-AKAZI, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par SPARK en collaboration avec CREOP-Jeunes. Le projet vise à amplifier l’efficacité du système de formation professionnelle burundais, en améliorant l’insertion des jeunes lauréats sur le marché du travail et en stimulant la création d’entreprises et d’emplois.
Les résultats déjà engrangés après 20 mois de mise en œuvre parlent d’eux-mêmes : sur un objectif de 1 316 jeunes à former, 997 ont déjà été atteints ; sur 876 jeunes visés pour une insertion professionnelle, 700 ont franchi le pas, dont 176 avec un emploi permanent à la clé. Des chiffres qui donnent du corps à une ambition qui ne se limite pas aux salles de formation.
Cette session gitégeoise constitue une première étape structurante dans un processus plus large : s’approprier les modules par la pratique, avant d’aller plus loin. Car dans la philosophie du projet, on ne forme pas des formateurs en leur faisant simplement lire des supports. On les plonge dans le bain, on observe, on corrige, on valide. Une deuxième session devrait avoir lieu l’été prochain.
Au terme de ces huit journées studieuses, une certitude s’est imposée dans les couloirs de l’ETO de Gitega : la formation professionnelle burundaise ne sera plus tout à fait la même qu’avant. Et ceux qui en sortiront grandis, formateurs comme futurs apprenants, en porteront les fruits longtemps, au grand bénéfice du Burundi.
