
Ce qu’il faut savoir
- Les députés de la Communauté d’Afrique de l’Est ne perçoivent plus de salaire depuis novembre 2025.
- Le bloc régional fait face à un déficit budgétaire de près de 89,4 millions de dollars, fragilisant l’ensemble de son architecture institutionnelle.
- Face à cette impasse, le président kényan William Ruto a convoqué un sommet extraordinaire des chefs d’État de la East African Community (EAC), prévu le 7 mars à Arusha, en Tanzanie.
Au cœur de la crise figurent les arriérés de contributions des États membres. Chaque pays est tenu de verser 7 millions de dollars par an au budget communautaire. Or, au 31 janvier 2026, seuls le Kenya et la Tanzania avaient intégralement honoré leurs engagements pour l’exercice 2025-2026.
Les arriérés les plus importants concernent la RD Congo, qui doit 27 millions de dollars. Le Burundi suit avec 22,7 millions, puis le Sud Soudan avec 21,8 millions. La Somalia accuse un retard de 10,5 millions, le Rwanda de 5,2 millions, et l’Uganda de 1,1 million de dollars.
Des institutions paralysées
La pénurie de liquidités a déjà des conséquences concrètes. À l’East African Legislative Assembly (EALA), les députés dénoncent l’absence de salaires depuis plusieurs mois, une situation qui, selon eux, compromet gravement leurs missions de contrôle et de législation.
La East African Court of Justice est également affectée, tout comme le Conseil interuniversitaire de l’Afrique de l’Est (IUCEA), confronté à d’importants retards de financement. D’autres agences spécialisées, notamment dans les secteurs de la pêche et de l’aviation civile, fonctionnent désormais au ralenti.
Cette crise survient alors que l’EAC, désormais élargie à huit États membres, affiche des ambitions renforcées en matière d’intégration économique et commerciale. Les retards de paiement répétés posent la question de la viabilité financière du bloc, mais aussi de la solidité de l’engagement politique de ses membres.
Le sommet d’Arusha devra examiner une nouvelle formule de financement ainsi que des mesures de rationalisation des dépenses. Pour de nombreux observateurs, il s’agira avant tout d’un test de crédibilité : la capacité des dirigeants à faire correspondre leurs engagements budgétaires aux ambitions affichées pour l’intégration régionale.
Car au-delà des chiffres, c’est tout le potentiel de l’Afrique de l’Est qui est en jeu, un potentiel immense, sur les plans économique, culturel et géopolitique. Pourtant, les rivalités persistantes entre certains États, comme entre le Rwanda et la RD Congo, ou entre le Rwanda et le Burundi, continuent d’affaiblir la dynamique régionale.
Dans ce contexte, tout progrès durable demeure fragile, suspendu à la capacité des États à dépasser leurs différends pour faire prévaloir l’intérêt communautaire.