
Le mois de mars est là. Le mois de la femme. Me voilà assise, en train de repenser à cette journée mondiale de célébration des droits de la femme, et je ne peux m’empêcher de me poser des questions.
Par Aïta Chancelle Kanyange
Laissez-moi vous partager comment j’ai vécu cette journée l’année passée. Le 8 mars 2025 est tombé un vendredi et, au cours de cette semaine, je me demandais comment j’allais « célébrer » cette journée.
Après maintes recherches sur les activités prévues ici et là, j’opte pour participer à une séance de « sensibilisation qui porte sur les questions essentielles de santé rencontrées par les femmes », prévue dans une des salles d’un hôpital de Bujumbura. Oui, éduquons-nous ! me dis-je.
J’y vais donc sans vraiment me douter que ces quelques heures vont être révélatrices. Quatre médecins — cardiologue, gynécologue, urologue et gastro-entérologue — se succèdent au podium, chacune avec des statistiques, des théories et des connaissances qui me laissent sans voix.
Parmi tous ces partages, aussi importants les uns que les autres, l’un retient particulièrement mon attention : un nouveau vocabulaire. Si seulement ce n’était qu’un mot nouveau… malheureusement, il s’agit d’une maladie : « l’ulcère de l’utérus ». Qu’est-ce que c’est ? Je risque de me perdre dans les termes médicaux si je m’aventure à expliquer cette maladie, et je ne suis pas médecin. Mais de ce que j’ai retenu des témoignages de celles qui ont pris la parole, il s’agit d’une maladie qui se manifeste par des douleurs intenses pendant les menstruations, pour certaines pendant l’ovulation, pendant les rapports sexuels, ainsi que par des troubles digestifs et urinaires, sans parler du risque élevé d’infertilité. Un calvaire.
Traitements ? Des antidouleurs parfois aussi forts que ceux administrés à un cheval. De la morphine pour certaines. Je ne peux m’empêcher de me sentir le cœur serré pour celles qui passent par cette torture.
Je suis sous-informée.
Plus tard, parmi le trop-plein de questions — sur les causes de cette maladie, ses nombreuses formes de manifestation, ou encore les coûts financiers qu’une telle pathologie exige pour une prise en charge — une interrogation persiste : comment se fait-il que je n’aie jamais entendu parler de cette maladie ? Nous sommes tout de même au XXIe siècle. Avec toute la technologie existante, comment cette information n’a-t-elle pas croisé le fil de mon existence pendant autant d’années ?
La vérité est là, crue et difficile à digérer : je suis sous-informée. Sous-informée des risques et des attaques que mon propre corps peut subir.
Combien de fois suis-je allée consulter en étant « en bonne santé » ? Nta na rimwe (jamais !). À chaque fois, il a fallu attendre une certaine gêne ou une douleur physique pour que je me résolve à consulter. Une simple consultation. Et pire encore : lorsqu’on parle de gynécologie, beaucoup pensent immédiatement à un service que l’on sollicite seulement en cas de grossesse ou de maladie. Et j’étais parmi celles-là.
Aujourd’hui, c’est l’endométriose qui a attiré mon attention. Pourtant, il existe sûrement d’autres pathologies dont les femmes souffrent sans même en être informées. Et ce qui devient monnaie courante — accepté par manque d’information — détruit des vies, des rêves, voire des carrières.
Alors, comment y faire face ?
Ma baguette de fée étant inefficace dans ce cas, je me dis : l’intentionnalité ou rien. Parlons-en. Entourons-nous d’informations utiles. Le corps est une terre en perpétuelle métamorphose ; malheureusement, nous subissons plus que nous ne prévenons, et les conséquences peuvent être dévastatrices.
De telles séances de sensibilisation devraient être multipliées ici et là, dans la capitale comme dans les provinces. La consultation gynécologique ne devrait pas être un réflexe uniquement en cas de problème. Plus on est informée, plus on a l’ascendant sur sa propre santé. Se connaître, c’est se protéger.
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L’endométriose est une maladie gynécologique chronique dans laquelle du tissu semblable à l’endomètre, la muqueuse qui tapisse l’utérus, se développe en dehors de celui-ci, souvent sur les ovaires, les trompes de Fallope, le péritoine ou d’autres organes pelviens. Cette présence anormale peut provoquer douleurs pelviennes intenses, règles abondantes, infertilité, fatigue et troubles digestifs ou urinaires. L’endométriose reste complexe à diagnostiquer et affecte significativement la qualité de vie. Sa cause exacte n’est pas totalement connue, mais des facteurs génétiques, hormonaux et immunitaires semblent impliqués. Le traitement est souvent combiné : médical, chirurgical ou symptomatique.
Source : Inserm – Endométriose