Qui a parlé d’AbatwipIsango ? - IRIS NEWS

Guillaume Muhozamars 27, 202610min30
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Twitter used to be a thing. Please, take me back.

Je ne sais pas exactement à quel moment Twitter a cessé d’être ce lieu où je revenais comme on rentre chez soi après une longue journée. J’admets : je ne l’ai pas vu venir.

Je préfère me tromper, mais j’ai l’impression que cette appli a perdu son âme. Ce qui faisait son charme. À savoir la vraie personnalité des gens, leurs caractères, leurs défauts, leurs qualités, bref leur humanité.

Il fut un temps où chaque mot semblait peser son poids d’âme. On écrivait peu, parce qu’on n’avait que 280 caractères ; il fallait donc écrire juste.

Il y avait des voix que l’on reconnaissait sans lire les noms, des éclats de rire qui traversaient les écrans, des complicités qui se créaient avant même de se croiser. Twitter nous a donné des amis, des opportunités, des moments que nous n’oublierons jamais.

Et bien malheureusement, aujourd’hui, tout ça me paraît bien lointain. Comme si j’errais dans une ville qui porte encore les façades de mon enfance, mais dont les habitants auraient changé sans me prévenir. Et auraient été remplacés par des bots.

Je lis, mais je ne rencontre plus personne. L’IA, ChatGPT, doit y être pour quelque chose.

Je reste là, parfois, à chercher une voix familière. Une respiration. Quelque chose qui me rappelle pourquoi j’étais venu, en vain.

Twitter savait faire, autrefois : tordre une phrase, la retourner, en faire quelque chose de vif, d’imprévu.

Mais plus maintenant.

Alors oui, j’ai la nostalgie

La nostalgie de revoir Umuhinga Yigenga, dans son ancien costume d’amoureux, épris de Twese. C’était le beau temps.

La nostalgie des élans simples, des initiatives comme Nkundamukirundi; apprendre le kirundi à travers des tweets d’amour, travaillés au millimètre près, avec une justesse rare. Une fièvre qui a fini par embarquer plein d’Abatwips à écrire en kirundi, à “aimer en Kirundi”. C’était beau. Et franchement mille fois plus efficace que n’importe quel manuel scolaire.

Je repense à Dan Ngabire. On s’était clashés un jour, oui. Mais c’était un clash qui respirait. Derrière, il y avait de l’estime, presque de l’affection. Et surtout des idées : cette obsession de l’excellence, cette foi têtue qu’un pays pouvait se construire aussi dans la rigueur, surtout en médecine, son domaine de prédilection.

Qui nous rendra Jimmy ?

Je paierais cher pour relire ses tweets. Paix à son âme. Il savait raconter l’histoire avec la caption juste pour les jeunes générations, avec des images, des souvenirs, des photos posées là comme des preuves discrètes que le passé n’est jamais tout à fait mort. Il n’est pas mort lui non plus ; il vit, vif, dans la mémoire de tous ceux qui ont lu ses tweets.

Et puis Emayi ? Puah, puah, puah.

Louis Marie Nindorera, c’était une école à lui tout seul. Un de ceux qui m’ont fait aimer le français davantage, oui, mais surtout cette chose rare : l’autodérision. Il prenait les petites choses, les presque rien, et en tirait quelque chose de juste, de fin, de nécessaire. I miss his tweets. Certains parmi nous savent exactement de qui je parle. Les autres qui sont venus ici après, ont vraiment raté quelque chose.

Freeman the Writer, lui, ne prenait pas de détour. Cash. Parfois trop. Mais il y avait du feu. Vous vous souvenez de son clash du siècle avec Judicaëlle Irakoze ? Moi, dans ses tweets, au-delà du bruit, j’y ai trouvé un amour pour  l’anglais. Comme quoi.

NgendaPatrick peut bien annoncer ses “beer o’clock”, ça ne prend plus pareil. Le goût a changé. Et un gars comme Thee Kifle Mike, entedez ce nom seulement, risubiremwo gatatu wumve, ayayayaaa. Avec ses “Uko na Mtu ?!”, il cartonnait. Parlez-moi de son art de se clasher avec tout le monde ici, et de ses insultes dont lui seul avait le secret… on appelle ça du talent. Admettons: lui non plus ne reviendra plus.

Et InesKid… Je la vois encore porter ses combats féministes presque seule. J’aurais aimé qu’elle soit entourée, contredite, poussée, amplifiée. Autrefois, c’était beau de voir comment, même poussée à bout, elle arrivait à garder des discussions constructives.

Kibu Umwigisha et ses mathématiques, jetées là avec passion, comme si les chiffres pouvaient aussi raconter une histoire.

Kagezi ; Akajagari, Gretta, EnBref, cœur sur vous, les dames ! Votre blog vibraient. Il y avait du cœur, de la sensibilité, une urgence d’écrire qui ne demandait pas la permission et n’attendait pas les likes pour exister. Ce n’est pas rien. C’est même beaucoup.

Imbamo ya Muhanyi… On s’aimait, oui. Peu le savent. On parlait beaucoup en DM. Et chez toi, il y avait cette langue brute, indocile, capable d’aller chercher en kirundi des mots qu’on n’ose pas dire, surtout quand ça touche à l’indicible. Tu faisais du kirundi ce qu’il aurait toujours dû être : une langue qui n’a pas peur d’elle-même.

Star Rugori, dis-moi, à quand le prochain AbatwipIsango ? Ce moment où tout le monde sortait de l’écran pour redevenir humain. On se parlait. On se regardait. On se découvrait, on dansait, on existait autrement, on existait vraiment. Juste des gens qui, malgré tout ce qui peut les opposer, se retrouvaient capables de danser, d’enjoy ensemble, sans se déchirer.

Papa Iriza, tu nous manques. Serais-tu parti parce que mama wawe yakubwiye ko wibaraguza ? On comprend, harya umuvyeyi avuze basha, uca wiy’éxécuta tout simplement.

Admicom Rénovat, quand tu venais t’inviter dans nos débats ici, ou même physiquement, dans nos événements AbatwipIsango, on avait l’impression, rassurante, de ne pas être seuls dans ce coin de parole. D’avoir un adulte dans la salle. Même si personne ne l’aurait formulé comme ça.

Et Daly Ngarambe, ministre d’un gouvernement qui n’aura jamais existé ailleurs que sur Twitter… où es-tu passé ?

Alain Horutanga, avec sa twittoscopie dans Yaga, cette façon de capter la semaine, de garder une trace de ce qui se passait ici, ce qui, autrement, se serait perdu. Tu faisais du journalisme avec des tweets. C’est plus difficile que ça en a l’air.

Dédicace spéciale à Kwifuka Moustiquaire, Son Histoire, Ramstel – pharaon des jupes, Wawundi, Audry Carmel, Aux Paillettes, Père Castor… Vous étiez à la fois l’entertainment et l’éducation, chacun à sa manière.

Ce qui me manque, au fond, ce n’est pas seulement les gens.

C’est le naturel. L’originalité. Cette liberté d’écrire des grandes idées ou du pur n’importe quoi, mais dans une contrainte : 280 caractères. Cette contrainte qui obligeait à choisir. À trancher. À ne garder que le meilleur mot, ou le plus drôle, ou le plus vrai. Parfois les trois à la fois, quand c’était un bon jour.

Tout ça n’était pas parfait. Il y avait des clashs qui allaient trop loin, des ego qui débordaient, des silences qui faisaient mal.

Mais tout ça respirait. Et c’était original.

Aujourd’hui on a X. Et X, c’est Twitter yo kuri Bata.

Ce n’est pas la même chose.

 

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