
Ce qu’il faut savoir :
- La commissaire européenne chargée de l’égalité, de la préparation et de la gestion des crises, Hadja Lahbib, effectue cette semaine une tournée dans la région des Grands Lacs.
- Après une étape en République démocratique du Congo, elle fait escale au Burundi ces 19 et 20 février, avant de poursuivre sa mission au Rwanda.
- Il s’agit de la première visite d’un commissaire européen au Burundi depuis 13 ans.
À son arrivée, la responsable européenne s’est rendue au camp de réfugiés de Cishemeye, situé en commune Cibitoke, dans la province de Bujumbura. Ce site accueille plus de 20 mille déplacés congolais ayant fui les combats dans l’est de la RDC.
Interrogée sur les raisons de sa présence, la commissaire a expliqué agir sur mandat des 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne.
« Je suis ici pour constater la situation dramatique provoquée par les combats au Congo, qui ont entraîné la fuite d’environ 100 000 personnes depuis décembre », a-t-elle déclaré.
Selon elle, l’Union européenne a déjà mobilisé une aide importante. Des ponts humanitaires ont permis l’acheminement de tentes, de bâches en plastique et de médicaments. Une première enveloppe de 4 millions d’euros a été allouée pour répondre aux besoins immédiats.
Un appel aux autres bailleurs
La commissaire a toutefois reconnu que l’effort européen restait largement isolé.
« Pour toute la région des Grands Lacs, nous avons dédié 81,2 millions d’euros. C’est énorme. Mais nous sommes un peu seuls. Nous appelons les autres États et les grandes puissances à faire leur part », a-t-elle insisté.
Les autorités burundaises et leurs partenaires estiment les besoins à environ 33 millions de dollars pour assurer une prise en charge adéquate des réfugiés congolais.
À Cishemeye, Hadja Lahbib a tenu à adresser un message de solidarité.
« Je viens en personne pour exprimer mon soutien, constater la situation et faire rapport à Bruxelles. Mais il faut aussi une solution durable. Il faut que le cessez-le-feu soit respecté et que la paix advienne pour permettre à ces populations de rentrer chez elles. »
Elle a rappelé avoir rencontré les autorités congolaises, dont le président Félix Tshisekedi, afin de soutenir les efforts diplomatiques et humanitaires.
Un corridor humanitaire évoqué
Au cours de sa visite, la commissaire a été reçue par le ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana. Les échanges ont porté sur la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC et sur les réponses régionales possibles.
Hadja Lahbib a exprimé le souhait de voir s’ouvrir un corridor humanitaire entre le Burundi et la RDC afin de faciliter l’acheminement de l’aide vers les populations affectées. Elle a également confirmé l’octroi d’une aide européenne en faveur des déplacés dans l’est congolais et des réfugiés présents dans les pays voisins.
Elle s’est dite confiante que la présidence burundaise de l’Union africaine, assurée depuis le 14 février par le président Évariste Ndayishimiye, pourrait insuffler un nouvel élan aux efforts de résolution des conflits dans la région.
Entre urgence humanitaire et solution politique
De son côté, le ministre Édouard Bizimana a salué l’appui de l’Union européenne à l’appel du Burundi en faveur de la solidarité humanitaire, tout en soulignant que les besoins restent considérables.
Il a insisté sur le fait que l’aide humanitaire ne saurait suffire sans une solution politique durable. « Le retour effectif de la paix à l’est de la RDC demeure la meilleure solution », a-t-il affirmé, appelant à soutenir les initiatives diplomatiques en cours.
Concernant l’ouverture des frontières pour les convois humanitaires, il a précisé que celle-ci dépendra de l’évolution de la situation sécuritaire sur le terrain. Il a également rappelé que la présidence burundaise de l’Union africaine place parmi ses priorités la volonté de « faire taire les armes » sur le continent et de renforcer la confiance entre les parties au conflit.
La visite de la commissaire européenne doit se poursuivre par d’autres rencontres avec les autorités, avant son déplacement au Rwanda, dans une région où l’urgence humanitaire reste étroitement liée aux incertitudes sécuritaires.